Arnaud Jaurès,un étudiant,remplace une copine de fac pour donner un cours d'allemand à Daniel,un député.Celui-ci,visiblement pédé,décide de pistonner le jeune homme en lui procurant un job dans son parti,dans l'espoir de se le faire.Il le présente donc à Agnès Karadzic,qui dirige la communication du mouvement.Celle-ci,sèche et autoritaire,accepte de l'embaucher en tant qu'assistant,et voilà Arnaud,qui ne s'intéresse guère à la politique et n'a jamais songé à en faire,embarqué dans la campagne des primaires du parti,en vue de désigner le candidat aux prochaines présidentielles."Le poulain" est le premier film,et le seul pour l'instant,réalisé par l'auteur de BD Mathieu Sapin,qui a coécrit le scénario avec Noé Debré.Il est question ici de politique,mais le réalisateur n'est nullement apparenté à l'ancien ministre Michel Sapin,pas plus que son co-auteur ne l'est avec la célèbre famille Debré.Il s'agit d'une production moyenne associant Pyramide Productions et BAC Films,et c'est une jolie surprise.Les arcanes de la politique française et des campagnes sont décrites avec une étonnante causticité,plutôt inédite dans l'Hexagone.Des tentatives ont eu lieu,il y avait eu par exemple "Le candidat" d'Yvan Attal,mais ça n'allait pas très loin.Là,on retrouve un parfum d'Amérique et le film évoque des oeuvres comme "Votez McKay","La dernière fanfare" de Ford,"Les marches du pouvoir" de Clooney,et surtout le fracassant "Primary colors" de Mike Nichols ou le sulfureux roman de Joe Eszterhas "American Rhapsody".Evidemment c'est adapté au format français,avec ses règles particulières,sa mentalité différente,et c'est moins flamboyant que le ciné ricain,d'autant que pour son coup d'essai Sapin ne fait pas le malin et se contente d'une mise en scène fonctionnelle digne d'un téléfilm.Mais peu importe car cette radiographie des moeurs politicardes est d'une cinglante ironie et se suit avec un plaisir non dissimulé.On note d'entrée que les auteurs ont choisi de suivre un parti de gauche,nommé démocrate pour l'occasion,comme l'avaient fait Nichols ou Clooney.Enfin,on est plutôt sur du gauche-centre gauche,le genre macroniste.Quoi qu'il en soit c'est bien joué car ils se moquent de leur propre camp,ce qui évacue toute forme de parti-pris idéologique.Parce qu'il ne faut pas rêver,ça aurait tout aussi bien pu être un parti de droite,où les moeurs ne sont pas plus propres.Ce qui est remarquable est la qualité de dosage du ton.On est sur de la comédie légère,mais ça garde l'équilibre entre humour et sérieux,sans jamais tomber dans la clownerie.A cet égard le personnage principal est finement dessiné.Il s'agit d'un bobo parisien crétin,dépourvu de conscience sociale ou politique,qui se laisse dériver au gré des vents.Il est sur le point de partir au Canada avec sa copine pour y rejoindre une ONG prétendant sauver les Inuits!Cette caricature ambulante décide finalement sur un coup de tête d'intégrer l'équipe de campagne de Catherine Beressi,candidate aux primaires.Une fois que celle-ci est battue,il passe avec son mentor Agnès dans le staff du candidat désigné,Pascal Prenois.Ce jeune type pas malin va s'y tailler une place prépondérante grâce à ses idées débiles que les autres trouvent géniales.Là,on est en plein dans "Bienvenue Mr. Chance" avec cette histoire d'imbécile chanceux que ses réflexions ineptes font progresser vers le pouvoir.S'y ajoutent des considérations annexes qui ont leur importance dans la fiction comme dans la réalité.Ainsi le gars s'appelle Jaurès,ce qui dans un parti gauchisant peut aider,bien que comme Debré ou Sapin il ne soit pas apparenté au grand homme.Et puis il y a la dimension sexuelle,la fameuse promotion canapé.Arnaud est convoité par Daniel,mais comme il est hétéro il préfèrera passer par le lit de Catherine,puis celui d'Agnès.Pour le reste,on visite les coulisses sales du marigot politique,marquées par l'incompétence crasse,l'ambition délirante,la communication omniprésente,l'obsession des sondages,la trahison systématique,ou disons les fidélités successives,les magouilles et les tractations,les discours creux et la peur constante de ne plus exister publiquement.On veut paraître,on veut du pouvoir,on veut de l'argent et on se fout complètement de la France et de ses habitants qui n'ont d'intérêt qu'en tant que bulletins de vote sur pattes.On barbote dans un joyeux milieu de psychopathes,et le film est très réaliste.Il est d'ailleurs inutile de le taxer de populiste ou complotiste car il est même en-dessous de la réalité.Ca reste gentillet et on ne nous parle pas des multiples déviances de ce milieu pourri,genre drogue,alcoolisme ou pédophilie.On voit bien à un moment Daniel au milieu d'une partouze,mais c'est très rapide et ce sera tout,sinon les protagonistes sont totalement clean.La distribution,budget modeste oblige,est composée de seconds couteaux,mais des bons.Finnegan Oldfield a l'air ahuri qui convient à l'irrésolu Arnaud,et Alexandra Lamy crève l'écran en pétroleuse dirigeant son monde dans l'ombre,tout en espérant atteindre un jour la lumière.Gilles Cohen est prodigieux en candidat un peu paumé écoutant les uns et les autres,tandis que Valérie Karsenti est parfaite en rivale qui ne fait pas le poids.Philippe Katerine apporte sa fantaisie en politicien de deuxième rang tentant de rogner quelque chose aux marges du pouvoir,Brigitte Roüan est très bien en mère possessive et castratrice.Les conseillers de Prenois sont incarnés par Frédéric Neidhardt,collègue dessinateur de Sapin,et par l'authentique figure socialo-macroniste Gaspard Gantzer,bien meilleur comédien que politicien.