Faire se rencontrer deux personnes de mondes très différents est l'un des ressorts dramatiques préférés du cinéma, en particulier dans le registre des comédies romantiques. Le premier long-métrage de Lisa Bierwirth n'en est pas une, loin de là, même si un lien amoureux existe entre ses deux protagonistes principaux, la réalisatrice lui préférant une analyse sociale très fine et anti-spectaculaire. Entre la galeriste, spécialiste de l'art contemporain à Francfort, et le Congolais sans papiers qui se prétend "businessman", une relation sentimentale mais ambigüe s'instaure, permise par le caractère ouvert (naïf ?) de la première qui accepte le côté évanescent et trouble de son nouveau compagnon. Le film laisse planer l'incertitude en alternant les scènes dans deux milieux a priori étanches, celui de libéraux blancs et celui d'immigrés africains, suggérant subtilement que le racisme s'exprime parfois par une curiosité souterraine et une suspicion malgré soi. Lisa Bierwirth avance à peu feutrés, n'explique pas clairement certains éléments et laisse le spectateur à sa propre interprétation. Cette manière de faire, conjuguée à une mise en scène assez plate et à une longueur de projection excessive, amène à rester circonspect devant un film qui semble refuser la spontanéité et la passion, hormis dans une poignée de scènes marquantes. Le Prince gagne heureusement notre estime par la qualité de son interprétation : Ursula Strauss est remarquable et le rappeur Passi sait pleinement conférer à son personnage le mystère et la séduction requis.