Birdman of Alcatraz aborde la détention de son prisonnier comme un prisme pour mieux interroger la liberté et sa signification, l’oiseau sauvé des eaux revenant à terme dans la cellule pour y retrouver son père et seul compagnon de voyage le long de cette longue route qu’est l’existence. Tous les personnages environnant Stroud apparaissent enfermés dans une obsession : Shoemaker s’efforce de prouver sa culpabilité et d’aggraver sa peine, si bien qu’il finit par devenir involontairement un intime, presque un camarade ; la mère remue ciel et terre pour sauver son fils ; Stella s’éprend du détenu au point de passer sa vie à attendre une grâce qui jamais ne viendra ; Stroud lui-même se passionne pour l’ornithologie.


Ce faisant, John Frankenheimer et son scénariste insistent sur la nécessité qu’a l’homme de se consacrer à une tâche comme un capitaine tient le gouvernail de son bateau : passions et obsessions constituent un biais par lequel vivre sa vie en se détournant de la mort. L’humain est un condamné à perpétuité en attente du jugement final qui, il l’espère, le délivrera. La liberté n’est qu’illusoire. Nul hasard, par conséquent, si le long métrage insère la maladie dans les cages de ses oiseaux : chaque décès raccorde Stroud à la finitude de sa condition et le louvoiement incessant avec une mort que chaque jugement peut accélérer. Birdman of Alcatraz articule donc une dénonciation de la séquestration à une réflexion sur la mort en général : l’espace carcéral apparaît tel un mouroir paradoxal qui fait prendre conscience au prisonnier de sa fin pour mieux l’inviter à célébrer chaque jour comme s’il était son dernier.


Frankenheimer, en guise de clausule, oppose le monde de la prison à celui de la télévision, nouveauté qui a vu le jour pendant les décennies de mise au ban de la société dudit prisonnier. Deux mondes en porte-à-faux, le premier révélant l’individu à lui-même, le second le tenant à l’écart par un gavage d’images inertes. Sans d’ailleurs savoir ce qu’est la télévision, Stroud assure, en bon porte-voix du cinéaste, n’avoir rien manqué...


Une œuvre intelligente et forte qui dispose d’une magnifique photographie et d’acteurs magistraux. Un grand film, malgré quelques longueurs.

Créée

le 3 févr. 2021

Critique lue 211 fois

Critique lue 211 fois

7

D'autres avis sur Le Prisonnier d'Alcatraz

Le Prisonnier d'Alcatraz

Le Prisonnier d'Alcatraz

8

JeanG55

le 15 févr. 2023

Suivre

Birdman of Alcatraz

Encore une histoire de titre équivoque …En effet, le film relate la vie en prison d'un certain Robert "Bob" Stroud condamné à vie et à la réclusion solitaire pour plusieurs meurtres (J'ai fait très...

Le Prisonnier d'Alcatraz

Le Prisonnier d'Alcatraz

8

Fêtons_le_cinéma

le 3 févr. 2021

Suivre

« Donnez-vous l’illusion de la liberté »

Birdman of Alcatraz aborde la détention de son prisonnier comme un prisme pour mieux interroger la liberté et sa signification, l’oiseau sauvé des eaux revenant à terme dans la cellule pour y...

Le Prisonnier d'Alcatraz

Le Prisonnier d'Alcatraz

8

Boubakar

le 2 avr. 2019

Suivre

Bird man.

Robert Stroud, avait tué en 1909 deux personnes, et une fois en prison, supprima un gardien, ce qui fait qu'il resta en prison pour les 54 années à venir, jusqu'à son décès en 1963. Durant une...

Du même critique

Astérix & Obélix - L'Empire du milieu

Astérix & Obélix - L'Empire du milieu

2

Fêtons_le_cinéma

le 1 févr. 2023

Suivre

L’Empire sous-attaque

Nous ne cessons de nous demander, deux heures durant, pour quel public Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu a été réalisé. Trop woke pour les Gaulois, trop gaulois pour les wokes, leurs aventures...

Sex Education

Sex Education

3

Fêtons_le_cinéma

le 19 janv. 2019

Suivre

L'Ecole Netflix

Il est une scène dans le sixième épisode où Maeve retrouve le pull de son ami Otis et le respire tendrement ; nous, spectateurs, savons qu’il s’agit du pull d’Otis prêté quelques minutes plus tôt ;...

Ça - Chapitre 2

Ça - Chapitre 2

5

Fêtons_le_cinéma

le 11 sept. 2019

Suivre

Résoudre la peur (ô malheur !)

Ça : Chapitre 2 se heurte à trois écueils qui l’empêchent d’atteindre la puissance traumatique espérée. Le premier dommage réside dans le refus de voir ses protagonistes principaux grandir, au point...