Le privé, ce sont deux retrouvailles : celle de Marlowe, bien sûr, qui croise forcément la route de tout cinéphile averti un jour ou l’autre ; mais aussi, plus original, le retour aux sources de la carrière d’Elliott Gould, un comédien que les spectateurs assidus de Friends peuvent avoir le sentiment de connaitre personnellement tant il excelle en père relativement abruti de Monica et Ross.
La combinaison est parfaite : la nonchalance du privé alliée à une époque qui ne lui sied plus vraiment génère un humour à la saveur singulière. Marlowe parle à son chat, refuse poliment les avances de ses voisines, hippies topless qui passent le film à s’étirer au soleil sous l’influence de substances diverses, et garde sa cravate en toutes circonstances.
L’humour l’emporte d’ailleurs clairement sur l’intrigue, assez convenue, qui voit converger deux enquêtes apparemment indépendantes, se complexifiant à mesure que le détective s’y embourbe. Chez Altman, on l’a souvent constaté, il est avant tout question d’atmosphère : c’était déjà sa façon de traiter le western dans John McCabe, ou le thriller psychologique dans That Cold Day in the Park. Le privé fonctionne grâce à ses personnages, et une époque parfaitement restituée, que PT Anderson a lui-même explorée récemment dans Inherent Vice : dans ces milieux divers, où se croisent mafieux, auteurs alcooliques et épouses délaissées, la satire le dispute à l’enquête, et l’on capte avec authenticité une époque instable, gentiment défoncée et en mal de repères. Avec ce regard presque documentaire qui le caractérise, Altman instaure d’assez longs dialogues, spontanés et justes, qu’on investisse une prison ou la crise d’inspiration d’un écrivain dans sa villa en bord de mer.
De ce mélange assez étonnant entre polar et farce assumée surgit la tonalité unique du film. Marlowe réplique avec acidité face aux beignes qu’on lui assène, finit à moitié nu dans une réunion grotesque avec la mafia locale (dans laquelle le tout jeune culturiste Schwarzenegger fait ses premiers pas) et résout une intrigue qui semble l’avoir depuis le départ dépassé.
Un œil avisé, un comédien génial, une époque singulière captée avec justesse : quelle que soit l’intrigue, tout polar respectant ces critères devient une petite pépite.