La première apparition de Charlot, en 1914, fut dans un court-métrage ou le Vagabond s'incrustait dans le piblic et sur la piste d'une course automobile et faisait ainsi réagir les gens vebus regarder la course. C'est donc par la technique du parasitage (mettre un élément de fiction dans un univers réel) que Charlot est né, technique reprise ensuite au cinéma par Borat et par d'autres humoristes en ligne, sous le nom de caméra cachée.
Dans Le rendez-vous de l'été, il y a un peu de cela. L'actrice Blandine Madec s'incruste dans une ville en plein JO. Filmé en partie pendant les Jeux de Paris 2024, avec des scènes improvisées en extérieur au milieu de lieux investis par la foule, Le rendez-vous de l'été est un hymne au pas de côté, à la marge, à l'erreur, car c'est avant tout un rendez-vous manqué. Rendant hommage aux militant.es du Revers de la médaille, collectif associatif qui dénonçait les conditions dans lesquels ces Jeux se passaient, la réalisatrice fait de ce nom son mantrat. On est toujours à côté, parfois de façon burlesque, notamment avec cet autre clin d'œil à Charlot, celui des Temps Modernes, arrêté pour avoir été confondu avec le leader d'une manifestation.
Dans un esprit léger faisant penser aux chroniques de Sophie Letourneur, faux documentaires et fausses fictions, ou aux films volontairement naïfs et décalés d'Antonin Peretjako, Le rendez-vous de l'été pose de belles questions sur la vie, sur la féminité, sur l'amour, sur l'engagement, et dépasse ainsi sa forme purement rafraîchissante.
Blandine (et Madec, son actrice très juste) est une Normande venue à Paris pour profiter des JO, et à qui rien ne réussit autant qu'elle ne veut réussir à rien. Et c'est ça l'originalité du film, son vrai pas de côté : aussi modeste et humble que sa protagoniste, le film ne prétend à rien, ne cherche pas à nous expliquer la Vie ni à nous donner de leçon. Il nous raconte une histoire.
Valentine Cadic signe un premier film à taille humaine, et qui sonne comme un art poétique : on se calme, on sort et on respire. Ça fait pas de mal, peut-être même que ça fait du bien.