L’histoire d’un père qui revient, ou tente de le faire, après douze années d’absence dont les causes nous échappent. Il essaie de créer des liens avec ses deux fils, mais ignore comment être le père qu’ils attendent. Le mystérieux voyage qu’il entreprend avec eux, au lieu de les rapprocher, ne fait que révéler, violemment, le vide creusé par ces années de séparation.
Le film est visuellement superbe, alternant plans larges, lents et contemplatifs, et vues intimes, proches des corps et des visages, qui nous laissent entrevoir les tourments, les doutes, et souvent la colère des protagonistes. L’histoire est servie par le jeu admirable des acteurs : le père taciturne, mélancolique et autoritaire, l’aîné enthousiaste, avide d’avoir un père, et le benjamin têtu, méfiant, provocateur.
Une tension tenace persiste, tout au long du film, autour des véritables intentions de ce père dont nous ne savons rien : où il était, ce qu’il cherche sur cette île où il les mène. Le film laisse intelligemment un certain nombre de questions sans réponse, même après le dénouement tragique qui révèle, dans les yeux du père, le cri des fils, la photo cachée dans la voiture, cet amour qu’ils n’ont su s’avouer. Les photographies d’une grande beauté rapportées par les enfants de ce voyage montrent le retour à jamais inachevé du père.
Un film sombre, brillant et bouleversant.