Assurance vers l'adultère.
Tout d'abord, je précise que j'ai d'habitude beaucoup de mal avec les films de Joseph Losey. Éminemment apprécié par les critiques (notamment Michel Ciment), ce qu'il faisait ne me convainquaient jamais, excepté "Pour l'exemple" et "Eva", je trouvais toujours ça trop froid, trop distant....
Et voilà qu'arrive ce film, dispo chez Wild Side, qui m'a collé une baffe comme l'avait déjà fait "Assurance sur la mort", car si le départ est relativement similaire (un adultère où l'on essaie de cacher le cadavre sous le tapis), Losey y applique un traitement foudroyant !
Défiant les lois de la bienséance (où Evelyn Keyes apparait avec juste une petite serviette ne cachant rien de ses formes, un homme claque sa femme, sans oublier le dernier tiers où l'on se demande comment le code Hayes n'a pas pu sévir)., James Ellroy parle de ce film comme un "polard vicelard", et c'est exactement ça.
Van Heflin est au départ un flic qui, après une visite de routine chez des quidams, aperçoit cette femme, et rentre de plus en plus dans son univers jusqu'à la séduire et l'emprisonner dans une toile. Détail rigolo, le personnage principal s'appelle "Webb", toile d'araignée en anglais.
Dès le début de cet adultère, les choses vont devenir de plus en plus terribles, et le film pourrait se conclure dès la première heure, car on a l'impression que tout est dit. Mais la dernière demi-heure relance complètement la donne, et donne droit à une cavalcade désespérée au nom de la fuite de la vérité, et de la dénonciation, clin d'oeil évident à la fameuse "Chasse aux sorcières" qui sévissait à cette époque, et dont Losey sera une des victimes.
Je m'en excuse si mon texte peut être lapidaire, mais excepté le pitch de départ, il est très difficile d'en parler sans se risquer à dévoiler quelque chose, hormis ce qui est inhérent au film noir.
Techniquement, le film est assez fauché, mais il y a une lumière splendide, où la maison de Evelyb Kayes est éclairée comme une prison, avec ses vénitiennes, et l'interprétation générale est formidable, car en plus de Van Heflin, dont on ne dira jamais assez à quel point c'est un grand acteur, Evelyn Kayes joue ici la femme consentante/victime de façon magnifique, car elle est à la fois manipulatrice, perverse, retorse, et se complait à vivre dans l'adultère. Au début, elle refuse les avances de Webb avec une phrase comme "Je me suis mariée uniquement pour ne pas être désirée par les hommes", ce qui est d'une ironie délicieuse.
Du fait de sa rareté, le film a été peu évoqué dans l'histoire du cinéma, voire dans la filmographie de Joseph Losey, mais l'édition dvd est à se procurer d'urgence, car on a là une vraie perle du film noir, très proche qualitativement de "Assurance sur la mort", c'est dire !