Une adaptation moderne de la vie de Jésus à destination des enfants, pourquoi pas ? Le projet est assumé avec sérieux et des moyens conséquents (le résultat est plutôt joli et peut tenir la concurrence), le casting est très alléchant et surtout, le matériau de base est traité avec respect et sérieux, évitant les modernisations un peu aberrantes qu'on peut voir dans notre société occidentale. C'est l'avantage de ce projet : être étranger (Coréen ici). Et donc, comme il vise le box office international, il va dans le sens de son public et propose une adaptation tout à fait correcte sur le papier. Les parents peuvent donc y aller en confiance, il n'y a pas de risques. D'autant plus que le film a voulu faire des efforts et montrer des paraboles ou des passages de la vie de Jésus qui n'ont pas souvent été adaptées à l'écran. MAIS...
Je dois quand même noter deux choses qui m'ont gâché la séance et me font finalement conclure que ce film n'est pas pour moi (un peu comme The Artist, bon film pour lequel je ne parviens pas à éprouver d'émotion). La première, c'est le film pour enfant. On sent qu'on est dans la génération tik tok. La narration est constamment interrompue par des digressions, des blagues, des interventions plus ou moins pertinentes qui brisent régulièrement la fluidité et les enchaînements afin de maintenir le spectateur dans une agitation permanente. Autant les gamins un peu foufous dopés au sucre s'enjailleront gaiement, autant les ours comme moi soupirent plusieurs fois par minutes sur l'intégralité du métrage. Ensuite, c'est le film d'animation coréen. On touche ici à une impression étrange que j'ai toujours ressenti devant le cinéma coréen : l'anesthésie émotionnelle. Il s'agit surement du jeu d'acteur, cette façon particulière d'exagérer constamment les émotions, d'être dans une efficacité maximale en terme d'intensité, mais je ressens nettement moins les émotions dans les films asiatiques, et en particulier coréens. J'y ai toujours trouvé d'autres intérêts, mais dans ce projet particulier qui adapte des récits fondateurs de la civilisation occidentale, j'ai ressenti la même distance. Les émotions y sont soulignées en bien gras, et leur artificialité m'a finalement empêché de rentrer dedans. Un peu comme The Artist, que je trouve trop calculé dans ses effets. Dommage, car le film a fait de notables efforts pour adapter des séquences inhabituelles (exorcisme, marche sur les eaux...) et proposer un programme réellement familial et fidèle (c'est vrai qu'après La Passion de Mel Gibson, ça surprend un peu de revenir à une représentation aussi soft de la mort de Jésus).
Effort louable donc, mais pour un public familial bien ciblé, et visiblement, le succès du film a été au rendez vous.