Robert Enrico est un réalisateur qui a souvent aimé explorer des univers sombres (Le Vieux Fusil, Les Grandes Gueules), et avec Le Secret, il s'attaque au thriller paranoïaque. Le scénario, coécrit avec Pascal Jardin, repose sur une idée très intrigante : un homme en fuite affirme détenir un secret d'État si important que tout est mis en œuvre pour le faire disparaître. Le film entretient alors un doute permanent : est-il réellement poursuivi ou complètement fou ?
C'est ce qui m'a le plus plu. Pendant tout le film, on ne sait jamais vraiment où se situe la vérité. Cette incertitude crée une tension presque constante, avec une ambiance noire, inquiétante et parfois très étrange.
Jean-Louis Trintignant est, comme souvent, impeccable. Son jeu tout en retenue convient parfaitement à ce personnage insaisissable. Face à lui, Philippe Noiret apporte davantage de chaleur et d'humanité, tandis que la présence de Marlène Jobert, dans un rôle plus discret, ajoute une ruche féminine dans ce monde d'homme.
En revanche, je trouve que le scénario ne va pas assez loin. Le fameux secret d'État reste finalement assez abstrait, et j'aurais aimé que le film ose davantage plonger dans les coulisses de cette affaire. C'est frustrant, car le sujet avait un énorme potentiel.
La réalisation de Robert Enrico est également un peu trop sage. Le rythme manque parfois d'énergie et certains passages s'étirent inutilement. Heureusement, cette légère mollesse est largement compensée par l'atmosphère générale et par quelques très belles images.
Impossible enfin de ne pas évoquer la musique d'Ennio Morricone. Sa partition est magnifique et renforce parfaitement ce sentiment de menace permanente qui accompagne les personnages tout au long du film.
Le Secret n'est sans doute pas le thriller politique le plus marquant des années 1970, mais il possède une ambiance très particulière et bénéficie d'un trio d'acteurs exceptionnel. Malgré un scénario qui n'exploite pas totalement son idée de départ et une mise en scène parfois un peu lente, c'est un film qui mérite d'être découvert, ne serait-ce que pour sa tension psychologique et l'interprétation remarquable de Jean-Louis Trintignant.