Le célèbre réalisateur français Gérard Oury, metteur en scène entre autres des célébrissimes Le Corniaud et La Grande Vadrouille énonçait avec justesse que "l'aventure, c'est son imaginaire". Il en ressort ainsi que, pour que le spectateur voyage et soit pris dans un récit mêlant intrigues et péripéties, l'oeuvre proposée doit agir sur sa part de rêve en créant une forme de fantasme féerique. Des sagas telles que Indiana Jones et Pirates des Caraïbes ont parfaitement compris cela en jouant sur cette corde du fabuleux. Partant, Le Secret de Khéops, premier long métrage réalisé par Barbara Schulz, vendu comme étant un film d'aventure ayant pour toile de fond l'égyptologie, était sensé faire sien la maxime précitée de Gérard Oury.
Commençons par le commencement. Réaliser un film d'aventure centré sur un mystère lié à l'Egypte et aux pharaons est un sujet vu, revu et re-revu. Sans même dire que Steven Spielberg a, à jamais, fait le tour de la question avec sa saga des Indiana Jones, c'est un euphémisme que de dire que ce thème est complètement tari, cinématographiquement parlant. Seule une réelle innovation, qui permettrait d'apporter quelque chose de neuf, serait en mesure de redonner un semblant d'intérêt à un tel concept. Inutile de faire durer le suspens plus longtemps, aucune trouvaille ou semblant de nouveauté n'est présente dans Le Secret de Khéops. Le spectateur féru de sciences égyptologiques subira simplement pendant plus de 1h30 les poncifs habituels sur la question, en se mordant les doigts d'avoir cédé aux charmes d'une telle proposition. On se réjouira simplement de quelques décors et prises de vues sympathiques filmés à l'intérieur du Château de Malmaison, siège de Joséphine de Beauharnais.
Au rayon du jeu des acteurs, que dire à part le fait que l'on assiste à un spectacle des plus affligeants. Sans même évoquer les acteurs secondaires qui semblent prendre connaissance de leur texte trois minutes chrono avant la prise de vue tant leur interprétation est fade et sans saveur, on ne peut que regretter la présence de Fabrice Luchini au casting de ce navet. Lui qui est d'ordinaire capable de déclamer des tirades avec une aisance certaine semble ici complètement perdu dans l'étendue de sa palette d'acteur. Tantôt sosie truculent d'Elon Musk sous kétamine, tantôt archéologue excentrique tentant de renouer les liens avec ses proches. Il est difficile de comprendre le personnage qu'il interprète, tant et si bien que l'on finit par se perdre et se lasser de sa composition. On ne peut que se demander où est le véritable Luchini et quel est ce sosie qui tient de l'imposteur qui le remplace dans Le Secret de Khéops. Au final, et plus généralement, les acteurs semblent perdus, complètement déboussolés, incapables de produire quelque chose de crédible. La ligne de la justesse du jeu d'acteur doit être fine pour apparaître authentique alors qu'elle semble ici complètement désordonnée, sans réelle direction artistique. Le spectateur a alors simplement l'impression d'assister à un épisode premium d'un téléfilm style Petits Secrets entre Voisins avec son abyssale pauvreté de dialogues et de scénario.
Partant, et sans plus s'attarder sur un film à ce point oubliable, on se rêve d'imaginer un monde parallèle dans lequel la réalisatrice, Barbara Schulz, aurait poussé plus loin ses hommages et autres clins d’œil à Hergé et à ses Aventures de Tintin que l'on devine en toile de fond. Voir Fabrice Luchini en excentrique Professeur Tournesol farfouillant dans les méandres des énigmes égyptologiques en déclamant des tirades moliéresques ou shakespeariennes aurait été, à mon sens, bien plus mémorable. Ne désespérons pas et faisons confiance à Gérard Oury : "l'aventure, c'est notre imaginaire".