C'est un peu le problème avec ces titres mythiques au possible et que l'on connaît plutôt pas mal : les revoir pas si longtemps après le précédent visionnage peut présenter un risque d'être, non pas déçu, mais de ne logiquement pas retrouver l'essence qu'avait été celle au moment de la découverte. Et c'est exactement ce qui s'est passé pour moi avec « Le Silence des agneaux », séance également honteusement gâchée par deux nuisibles ayant bouffé du pop-corn du début à la fin, dont j'aurais volontiers mangé le foie accompagné de fèves et d'un délicieux petit chianti. D'autant qu'il ne vous aura pas échappé qu'il s'agit ici d'un thriller, dont le moteur est par définition le suspense, certaines scènes n'ayant inévitablement pas le même effet une fois connues.
Il est donc presque « injuste » de refaire une critique tant il s'agit d'une œuvre à voir plutôt qu'à revoir. Reste qu'une fois ses quelques « réserves » exprimées, ça reste un sacré film. Mise en scène brillante et oppressante au possible (beaucoup de plans serrés aussi anxiogènes qu'étouffants), scénario complexe et tortueux, plongée troublante dans la psyché de personnages forts et tourmentés... Si l'on peut toujours trouver à redire sur un ou deux éléments, cela reste franchement impressionnant. « Maintes fois copié, jamais égalé » : l'adage fonctionne imparablement ici, et même si j'ai été un peu moins séduit par Buffalo Bill que précédemment, difficile de ne pas admirer ce personnage d'Hannibal Lecter, exerçant un pouvoir de fascination assez impressionnant : répliques, attitude, « logique » à la fois implacable et insaisissable... assurément l'un des méchants les plus anthologiques de l'Histoire du cinéma, à juste titre.
Et comme en face Jodie Foster fait preuve d'un brio et d'une présence assez exceptionnels face au « monstre » Anthony Hopkins, on se dit que cette moisson d'Oscars n'était vraiment pas volée, à l'image de nombreux passages restés dans les mémoires et d'une maîtrise technique impressionnante
(franchement, l'affrontement final entre Clarice Starling et Bill vu à travers les lunettes nocturnes du second, c'est juste remarquable).
Donc oui, même si je ne l'ai pas revu dans les meilleures conditions et que ce ne sera « plus jamais comme la première fois », voilà un titre restant aujourd'hui emblématique pour tout amateur de cinéma qui se respecte : niveau culte, on est pas mal.