« I saw that in a movie once. »
Des mains qui tremblent. Des larmes gelées. La mort qui hante. Une ville en ruine. Des camarades.
Un bain de lilas. Le souvenir de la danse derrière le soleil du vin. Un charmant hoquet. Une robe en feu.
Les grandes poches d'un manteau. Des bras qui enlacent. D'effrayants crocodiles. Le plus beau des portés. Des bourreaux ivres.
La mort dans les yeux. Un nid douillet. Des larmes brûlantes. Que dit cette bouteille ? Des doigts nerveux. « I'm not really crying. » Une bien jolie frange. Un long hurlement. La dernière nuit. Rideau. Les yeux fermés.
Noir.
Bien sûr Le Temps d'aimer brille et éblouit par cette manière dont sans cesse les deux amants se trouvent malmenés par la violence et la guerre.
Mais comme tout mélo – et Sirk connait son Griffith par cœur –, Le Temps d'aimer c'est d'abord et avant tout du Théâtre. Non pas en raison de ses cadrages : innovant et surprenant toujours, Douglas maîtrise le Scope et les mouvements de caméra comme personne. Mais plutôt par cette incroyable et délicate façon qu'il a de faire de ses personnages les propres metteurs en scène de leur histoire d'amour à travers une série de gestes tout à fait admirables. Hésiter entre deux robes et passer l'une d'entre elles, retoucher un uniforme, repérer l'endroit où sortir le soir, trouver une table, choisir un vin puis plus tard la chambre dans laquelle on pourra se faire son petit théâtre : jusqu'à cette rencontre entre Ernst et Lizbeth, jamais au cinéma, à part chez Renoir ou Ophuls peut-être, l'on avait aussi bien exprimé ce plaisir simple et nécessaire du temps passé à s'approprier costumes, décors et accessoires. Oui Le Temps d'aimer et le Temps de mourir est sans doute le plus beau des mélos ; mais, tout comme Mirage de la vie que Sirk va tourner dans la foulée, il n'est jamais aussi beau que dans ces moments où plus rien d'autre ne compte que de vivre et d'aimer comme des acteurs de théâtre.