Sorti moins de quinze ans après la fin de la guerre, le film de Sirk adopte un point de vue audacieux, rejetant radicalement le manichéisme.
Du point de vue cinématographique, un piège nous est tendu au travers des premières séquences, l'horreur serait au front, son inhospitalité, ses paysages désolés et la violence aussi bien dans les images de mort traumatiques que dans la pesante fatalité du sort des soldats. Le film aura pour but de détromper cette opinion en dévoilant l'impuissant arrière-pays bombardé, à la manière d'un roi aux échecs.
Cependant, Sirk ne pouvait se permettre de laisser tout l'espace du film à ces enjeux morbides, d'où la relation passionnelle entre Ernst et Elizabeth. Elle-même ne restera pas hermétique au conflit, c'est lui qui la fait naître et la tue, le titre du film reste équivoque mais, ponctuée par un humour efficace, les séquences entre les amants représentent la teinte d'espoir au milieu du pugilat (ce contraste inspirera sûrement la liaison Padmé/Anakin durant la guerre des clones).
La question ethique que présente Binding ajoute une autre profondeur au scénario, au même titre que sa maison et la performance d'acteur faisant du personnage autre chose qu'un cliché sadique (mais plutôt un homme opportuniste dont la source de richesse exige une gymnastique morale) donnent des sueurs froides.
Vis-à-vis de sa période de sortie, la séquence de la course vers la manifacture sous les bombes impressionne par son impact visuel là où sa séquence finale relève d'une très grande maîtrise de la mise en scène. Cette dernière révèle l'aboutissement du scénario (adapté d'un roman de Remarque), l'amour peut donner un sens quand tout semble désuet mais la cruauté froide ne fait pas de concession.