Situé aux confins de la laideur, cette adaptation du Temps des secrets semble refermer la parenthèse enchantée des Souvenirs d’enfance avec lesquels dialoguèrent de véritables cinéastes, Marcel Pagnol compris. Car chacune des adaptations au cinéma disait jusque-là quelque chose de l’écart entre le livre, lui-même tendu entre deux âges – celui de l’écriture et celui de l’époque retranscrite –, et la période culturelle de réalisation, écart passionnant parce que révélateur des transformations de la région marseillaise depuis plus d’un siècle. Christophe Barratier et son équipe ne disposent d’aucun regard, sinon celui de la carte postale vintage pour acteurs français moyens et intéressés : alors on force la caricature, on écrase le pittoresque sous le piteux et le grotesque sous la grossièreté. Même la beauté naturelle des paysages est charcutée par un montage informe, limitant ses plans à quelques secondes – le pire étant la séquence de repas prise au début du film… – pour préférer à la poésie de l’instant la frénésie d’une urgence impropre. Un ratage que sauverait, s’il fallait l’écouter seule, la partition musicale de Philippe Rombi.