Avant que le Japon fasse la guerre à la Chine (1937) et aux Américains (1941), on suit la carrière de l'ingénieur Jiro Horikoshi, le concepteur d'une part importante des avions de chasse (dont les kamikazes Zero) responsables de tant de morts pendant la Seconde Guerre mondiale.
Il est premièrement question de l'amour du travail. On voit Jiro dessiner des plans de trains d'atterrissage, apporter des innovations supplémentaires indépendamment des ordres de ses supérieurs (du caoutchouc entre la roue et l'aile pour une meilleure souplesse de l'attache des roues, faire des opérations à la règle à calcul (une calculatrice très primitive en forme de règle permettant de sommer des distances à partir de divers repères et pièces coulissantes, convertissant ainsi les additions en multiplications et indiquant ainsi des produits et des puissances de nombres à virgule par simple relation entre logarithmes). Au restaurant, il analyse les plats de maquereaux. Il voit dans la forme fusiforme de leurs arêtes des coupes transversales d'ailes puis il finit par ne manger plus que des maquereaux rien que pour ça !
(Pour en avoir disséqué, les maquereaux sont en effet très intéressants.)
Son avion en papier à ailes incurvées vole aussi très bien, ses compétences sont donc directement applicables :-). Pour avoir essayé, son modèle d'avion en papier ne vole bien que dans un film :\ (je reste convaincu que Miyazaki ait vraiment réalisé cet avion avant de l'animer). Je remarque une analogie entre Jiro et Miyazaki (lui aussi fan d'avions (voici une publication scientifique à ce propos : "https://journals.openedition.org/ephaistos/8248" retraçant les avions inspirant Miyazaki et on en voit dans beaucoup de ses films ! (notamment les hydravions italiens des années 20))). Tout comme Jiro, qui a privilégié sa carrière d'ingénieur au détriment de sa vie de couple, Miyazaki avait quelques manquements dans sa vie de famille à cause du travail.
Le film a ensuite un engagement politique. L'empire nippon attaque l'océan Indien au détriment de son peuple. La pauvreté se voit dans les rues (je pense aux deux enfants affamés qui refusent par peur le maquereau de Jiro). On a en plus une scène avec une course-poursuite entre la Gestapo et un voleur en Allemagne en plus du séisme sur Tokyo de 1923 qui rase tout. La guerre commence aussi alors que le Japon a 20 ans de retard technologique. On voit assister aux crash-tests d'avions emmenés sur les pistes de décollage (une prairie) par des bœufs (accrochés à l'avion et qui tirent l'avion....).
Par ailleurs, même s'ils polluent et font la guerre, on peut quand même aimer les avions (c'est du moins ce que j'ai compris du film), et oui parce que ça vole et qu'on en rêve ! Mais le film nous montre quand même bien les conséquences des avions et de la guerre. Par exemple le remplacement des sièges de passagers par des explosifs dans un bombardier allemand. De plus, la dernière scène parle bien de l'envol (définitif des pilotes).
Enfin, le film se regarde bien, les décors sont jolis, les musiques très belles (et facilement reproductibles au piano), et l'animation incroyable ! Les images présentent en permanence du mouvement.
J'ai adoré ce film ! Je vous invite à voir les autres films du réalisateur et à prêter tout particulièrement attention aux avions présents dans ces œuvres, qu'ils soient inventés ou sortis du fond d'un magazine d'aviation.
Je finis par une liste des autres films dans lesquels j'ai vu des avions : Conan (partout), Sherlock Holmes, Lupin III, Nausicaa (le manga particulièrement), Totoro (en maquette), Laputa (les libellules), Kiki (le bombardier au début), Porco Rosso (partout), Le Château ambulant... J'en rate ?
Avant d'être un film, Le vent se lève était un manga couleur non traduit qui était marrant (mais sans plus) à lire.