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Contrairement à ce que laisse penser sa filmographie, Hayao Miyazaki est un homme qui a les pieds sur terre. Cinéaste intransigeant avec lui-même autant qu'avec ses troupes (voir le sort réservé au premier scénariste de Kiki la petite sorcière, viré pour incompétence), l'homme a su abattre pierre par pierre des édifices aussi monstrueux que l'intolérance, la cupidité, la haine ou encore le désir d'expansion lorsque celui-ci met en danger une Nature qu'il juge supérieure à l'Homme, lui y compris.

Reléguées au second plan du Vent se lève, la faune et la flore ne sont plus acteurs, ni même témoins de l'histoire. Abandonnant l'anthropomorphisme et l'animisme dont il s'est rendu maître, Miyazaki est ici loin d'un conte merveilleux à la Princesse Mononoké, aventure épique dont la conclusion sauvage débouchait sur l'image dantesque d'un dieu de la forêt foulant ses terres ravagées pour enfanter un nouveau big bang. Néanmoins, son dernier long-métrage s'éloigne tout autant de la douceur de Mon voisin Totoro. Si l'enfance tient une place importante ici, elle y est davantage perçue comme un lointain souvenir.

A vrai dire, le gosse qui sommeille en nous risque bien de replonger dans les bras de Morphée à la vision du Vent se lève, fresque à la première personne dont la maturité des enjeux et la lenteur revendiquée ne laissent pas de place à la légèreté. Ici, le papa de Totoro semble vouloir mettre sa propre sensibilité à l'épreuve. Chemin faisant, il gagne en lucidité ce qu'il perd en fantaisie. Ayant déjà offert au jeune public les trésors qu'il était en droit d'attendre (Mon voisin Totoro donc, mais aussi Ponyo sur la falaise, et le sous-estimé Kiki la petite sorcière), Miyazaki continue d'accorder une grande importance au rêve mais se garde bien, cette fois, de le laisser contaminer le réel.

Dans Le Vent se lève, l'onirisme se résume à une poignée de tableaux grandioses, autant de fulgurances nées au sein d'un songe partagé entre le héros (Jirō Horikoshi) et un célèbre ingénieur italien auquel il voue une admiration de longue date. Et le film d'avancer envers et contre toutes les attentes suscitées par les plus grandes oeuvres de Miyazaki, à la fantaisie débridée du Château ambulant répondant un classicisme échevelé où l'émotion éclot d'une ville en ruine, d'une rue vide en pleine nuit ou encore d'un regard perdu vers l'horizon. Des images déjà vues dans bien d'autres oeuvres du studio Ghibli mais dont la puissance picturale, désormais soumise à une volonté accrue de réalisme, épouse sans cesse l'intimité des protagonistes.

Le Vent se lève, oeuvre terminale profondément désenchantée mais au regard rivé vers les cieux, risque bien de réduire en miettes les amoureux du maître tout comme les irréductibles du grand cinéma d'antan. Profitant elle aussi de ce traitement somptueux, l'histoire d'amour qui sert de fil rouge au long-métrage se voit esquissée avec une pudeur que n'aurait pas reniée le Max Ophuls de Lettre d'une inconnue.

Mais le film de Miyazaki anéantissant jusqu'à l'idée même d'une frontière entre les artistes et rêveurs du monde entier, enfermer Le Vent se lève dans une poignée de lignes est mission impossible. Aussi, contentons-nous de dire que ce classique instantané possède la grâce du Docteur Jivago de David Lean, la richesse du Steamboy de Katsuhiro Otomo et la beauté fragile de La Femme à l'ombrelle de Claude Monet.

Dispenser autant de sagesse en à peine deux heures, c'est un prodige qui n'appartient qu'aux meilleurs. A moins qu'il ne revienne une nouvelle fois sur sa décision de départ en retraite, Hayao Miyazaki se sera offert une bien belle sortie de scène.

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