Backrooms, c'est un peu l'adaptation moderne - mais non avouée - du mythe de Thésée et du Minotaure : un homme, seul, explore un gigantesque labyrinthe où rode un monstre assoiffé de sang.

De manière plus terre-à-terre, il s'agit d'un concept créé par Kane Parsons (alias Kane Pixels), jeune youtubeur américain (il a commencé sa première vidéo à 16 ans), dont la série de courts métrages a rapidement connu un succès retentissant sur la toile. Je dois bien avouer que pour ma part, je n'en avais pas entendu parler avant la sortie du film, mais son long métrage donne vraiment envie de plonger plus profondément dans l'univers du garçon.

Les Backrooms sont des labyrinthes oppressants et potentiellement infinis, ressemblant à des bureaux désaffectés au papier peint jaune vieillot, aux plafonds faits de néons blanchâtres et sans âme, et à la géographie en trompe l'oeil.

Dès les premières minutes du film - où un homme plutôt anxieux explore le labyrinthe en mode found footage (on découvre les images à travers un vieux caméscope numérique) avant de faire une inévitable mauvaise rencontre - une évidence saute aux yeux du spectateur : le concept est incroyable et offre un potentiel cinématographique absolument génial.

Sans trop de surprise, les scènes dans la Backroom sont celles qui valent vraiment le coup, le reste du métrage est plus faible et n'est là que pour contextualiser un minimum la chose.

Nous suivons ici Clark (interprété par Chiwetel Ejiofor, l'acteur de 12 years a slave, ou plus récemment de Life of Chuck), architecte raté qui gère désormais un magasin de meubles - le Capitain Clark's Ottoman Empire - au bord de la faillite (ses énormes factures d'électricité l'inquiètent notamment). Clark s'est fait quitter par sa femme, n'a pas vraiment d'amis, et dort dans son propre magasin faute de logement adéquat. Une nuit, alors qu'il regarde tranquillement la télé assis sur le lit d'exposition, il est dérangé par un disfonctionnement des néons du magasin. En examinant son compteur électrique, il découvre une faille lumineuse dans le mur. Intrigué, il s'approche, et bascule dans la Backroom. Remis de sa surprise, Clark est rapidement fasciné par ce lieu labyrinthique : de grands espaces presque vides, avec quelques meubles (il en ramène d'ailleurs quelques uns dans son magasin), et des objets incohérents. Ici un panneau "stop" écrit à l'envers, là des chaises empilées et inséparables, des portes minuscules ou au contraire au plafond, des angles de murs tout à fait improbables : c'est le département déco qui a dû véritablement se faire plaisir lors du tournage ! Je tire en tout cas mon chapeau au chef décorateur Danny Vermette !

Pour ne pas se perdre, notre Clark marque l'invisible porte d'entrée puis commence à cartographier les lieux. Bientôt, il a besoin d'aide pour atteindre certaines zones difficilement accessibles, et entraîne dans sa folie ses deux employés Kat et Bobby - pas de chance pour eux.

En parallèle, dans le monde réel, Clark voient régulièrement Mary, sa thérapeute (interprétée magnifiquement par Renate Reinsve, l'actrice norvégienne récompensée du Prix d'interprétation à Cannes pour de Julie en 12 chapitres, et nommée à l'Oscar de la meilleure actrice pour le récent Valeur sentimentale). Le pseudo background que le film cherche à donner à son personnage n'est pas la meilleure idée du long métrage malheureusement. Lorsqu'il lui raconte ses aventures à travers les Backrooms, la psy reste dubitative. Pourtant, inquiète suite à un message alarmant de Clark, Mary décide de se rendre au magasin et découvre elle aussi le passage vers le labyrinthe...

La meilleure idée du film reste la conception anxiogène de la Backroom elle-même, qui offre une expérience visuelle intrigante. Mais au lieu de rester sur une touche de mystère, la fin du film s'embourbe dans des explications fumeuses du surnaturel. Les derniers événements du long métrage sont plutôt déceptifs, presque bâclés. C'est dommage car le potentiel était vraiment énorme : finalement Backrooms apparaît comme un film à concept qui peine à dépasser son idée originale pour développer une intrigue avec un peu d'ampleur.

Créée

le 21 juin 2026

Critique lue 116 fois

D. Styx

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