Allez, vite fait, bien fait, on se paie un Dupieux. Un Dupieux vite fait bien fait. On attend quoi quand on va voir un Dupieux ? Qu'il fasse du Dupieux et nous surprenne en faisant un Dupieux différent des autres. Et si c’est raté, ce n'est pas trop grave : un Dupieux, ce n'est jamais très long…
Et ça tombe bien : parce que c'est raté. Parfaitement raté même : une animation de bric et de broc, des plans de quatre sous, un scénario de bout de ficelles, des dialogues et une diction de certificat d’études. Tout Dupieux est dans ce magnifique ratage concerté, aussi vertigineux que son titre, qui laisse émerger ce qu’il fait de mieux : un malaise devant ce qui, au premier degré, peut sembler un fiasco cinématographique, et un émerveillement devant la capacité qu'a n’importe quelle image de donner à penser, surtout quand elle se pense elle-même au second degré.
Car Dupieux ne pense jamais pour nous : il me donne en fait l’impression de ne jamais nous mépriser. Mais il nous livre des ingrédients simples pour mieux réfléchir. De fait, Le Vertige ne permet pas d’interroger seulement le rapport entre le réel et l’illusion, la fiction ou la simulation, mais aussi la capacité du cinéma à susciter gêne, souvenir, évocation.
Bien sûr qu’on les connait, ces fantasmes et ces discours que déploie le film : mais de ce qu’un autre pourrait tourner en satire démonstrative ou en dystopie laborieuse, Dupieux tire des matériaux bruts et laisse le spectateur se débrouiller avec ces bribes de bricolage, rire de leur absurdité autant que réfléchir à leurs implications – et tourner en boucle dans sa tête les questions sur le double, l’identité, l'image numérique, l’avatar, la représentation de soi, la mise en abyme ; mais aussi le complotisme, le fake, l’escroquerie, la crédulité…
Et c’est le sens de tous ces ratages – accompagnés d’une musique parfaitement adaptée, en quelque sorte la seule à rater son ratage… Dupieux rappelle qu’il n’est pas besoin de chiader un film, quand on sait faire du cinéma, que le cinéma ne réside pas dans les moyens mais dans la puissance associative des images, qu’une image pauvre ou une idée bancale peuvent suffire, dès lors qu'elles provoquent une association, une réminiscence, une pensée.