Sorti en salles en pleins évènements de Mai 68, Le viol du Vampire est le premier long-métrage de Jean Rollin. Ce film est aussi considéré comme « le premier film vampire français ». Tourné en Noir et Blanc, rythmé par une musique de jazz aux sonorités grinçantes, il est compliqué voire abscons d’évoquer Le viol du vampire en quelques lignes, tant un ouvrage suffirait à peine pour en cerner tous les contours et tous les délires. Notons seulement deux ou trois choses importantes : à la base ce film ne devait être qu’un moyen métrage de 30 minutes, ce qu’il est au tout départ. Un second opus de 70 minutes sera rajouté, aboutissant à un long-métrage de 100 minutes. Aussi, l’histoire complète ne semble-t-elle pas cohérente du début à a fin, à priori puisque les deux parties sont discordantes sous plusieurs aspects. Rien ne prévoyait dans la première partie qu’une reine des vampires et une clinique parisienne apparaîtraient dans la seconde partie. Pourtant, il y a bien cohérence, au gré de ce que l’on peut envisager comme une succession de saynètes. Grâce à une rallonge budgétaire, Rollin aura finalement construit une première œuvre qui jette les fondations de son œuvre dans son ensemble : cette même plage de Normandie qui servira de décor à ses futurs films, le cimetière, la maison délabrée et les interventions chirurgicales farfelues qui deviennent un support récurrent à sa fascination pour les Vampires. Le Viol des vampires, s’il remporte un succès commercial honorable (il reste le seul film à l’affiche dans les cinémas parisiens au moment de Mai 68), va d’abord faire l’objet de quolibets divers et susciter bien des scandales. Là où quelques journalistes critiques y verront un délire d’étudiants ivres (précisons que tous les acteurs sont tous amateurs et n’ont suivi aucune formation spécifique avant d’être retenus pour interpréter leurs rôles), bien d’autres inconditionnels du cinéma de vampires rompus aux productions américaines déploreront l’absence de couleurs et un décalage avec les formats habituels : pas de capes, pas de loup-garou, pas de nuits cauchemardesques. Mais, pour ce qui est du noir et blanc, Rollin est un nostalgique de Franju et peut-être même de Dreyer, aussi préfère-t-il faire émerger dans cette teinte qui ramène parfois aux plus anciens films muets (notamment dans la première partie) une beauté épurée qui met bien plus en relief un autre message que ceux dispensés habituellement dans ce genre cinématographique. Il faudra attendre 2004 pour que le film soit diffusé par la Cinémathèque française et considéré, enfin, comme une œuvre majeure du surréalisme fantastique.
Retrouvez d'autres articles sur les films de Jean Rollin sur mon blog : https://ph-vender.over-blog.com/2025/08/jean-rollin-un-genie-incompris.html