Après Cars 1, Cars 2 et Monsters University, la médiocrité a de nouveau frappé chez Pixar. En effet, bien que Vice Versa ait donné de nouveaux espoirs en termes de qualité au vu des échecs artistiques se multipliant, The Good Dinosaur est la preuve que Pixar est en crise. La production du film ayant été chaotique au possible (comme pour Rebelle, un bon Pixar mais n’atteignant pas le niveau des Toy Story ou Wall-E), il est évident que le film en a pâti. Réécrire un film est rarement un bon signe, et dans le cas d’Arlo, il est légitime de se demander si l’écriture s’est réellement effectuée avec de la motivation et du cœur.
C’est donc le premier et principal problème de ce film. Pixar s’étant toujours réclamé de l’authenticité de ses personnages, l’exemple du protagoniste principal va à l’encontre de leur politique de développement centrée sur les personnages. Arlo reste un dinosaure au caractère effectivement insupportable. Le fait de le construire à partir du sentiment de la peur le rend tout sauf attachant : en effet, il est caractérisé par des réactions excessives et répétitives qui au lieu de permettre au spectateur de s’identifier à lui, en fait un personnage caricatural et antipathique. D’ailleurs, toute la famille de ce dernier n’est à vrai dire pas sympathique : le père est un tyran ne voyant ses enfants que par les choses qu’ils font ou ne font pas, la mère est à peine développée et n’existe qu’à travers ce dernier, le frère un abruti violent et la sœur le clown de la famille. En partant sur cela, le film est déjà parti sur de très mauvaises bases et ne sera que partiellement sauvé grâce aux personnages secondaires.
Heureusement que Spot est là, en effet. Cet humain aux caractéristiques canines (bonne idée d’inversement des rôles remettant l’humain à sa place) est le seul personnage vraiment attachant. Sa simplicité et sa franchise en font un protagoniste courageux et intrépide, mais qui rassemble aussi presque tout le potentiel comique du film. Par exemple, la scène où il urine et voit qu’Arlo le regarde est excellente (grâce notamment au montage) ! Sans avoir besoin de parler, il a dix fois plus d’épaisseur que son partenaire de voyage, ses expériences dramatiques le rendant d’autant plus fort. Les autres personnages croisés sur la route sont parfois moyens, d’autres fois intéressants. Les Tyrannosaures, en tant que cow-boys aux accents texans (vs. Les Diplodocus fermiers) sont comiques, et permettent au film de ne pas sombrer dans l’ennui. Car il y a en effet beaucoup de moments creux et prévisibles (le final de la tempête avec les ptérodactyles, par exemple) qui causent un détachement complet du film.
Enfin, la plastique du film est un des éléments plutôt positifs. Bien que parfois presque trop réaliste, la synthèse est belle et permet aux paysages d’exister à part entière. Malheureusement, la réalisation se centrant trop sur Arlo, ce filon n’est que partiellement utilisé et n’a pas l’ampleur de l’océan dans Le Monde de Nemo ou la nature dans Là-Haut.
La fin est elle vide de tout intérêt, et n’est que la preuve de la pauvreté d’écriture de ce dernier opus de la maison à la lampe, dont l’évolution devient réellement inquiétante. Lasseter va-t-il massacrer la meilleure franchise de tous les temps avec Toy Story 4 ? Le Monde de Nemo connaîtra-t-il une suite de faible qualité ? Pourquoi faire Cars 3 alors que Cars est un des pires films de tous les temps ? Trop de questions dont les réponses risquent d’aller dans le sens du Voyage d’Arlo : Pixar ne serait en fait pas si différent de Dreamworks, et aurait perdu de sa profondeur qui en faisait un producteur de films de haute qualité dédiés avant tout aux adultes.