L’Élue
5
L’Élue

Film de Oz Perkins (2025)

Avant l'apparition du titre, le film nous positionne dans une répétition, les témoins tout autant que les protagonistes d'histoires se situant à travers les âges où des femmes séduites finissent par être détruites, la caméra devenant le témoin comme l'acteur de ces parcours dont les seules différences semblent être l'époque qui les voit s'épanouir. La suite bascule dans le présent, un homme emmène sa compagne dans une cabane au fond des bois (oui, n'importe qui aurait pu se douter), et c'est là que Perkins déploie ce qu'il sait faire de mieux.


À ce moment-là, la mise en scène s'articule autour des angles étranges de cette maison, de ces lames de bois paraissant se déployer jusqu'à un ciel absent, la caméra décadre les corps, les étouffant, les avalant quasiment au milieu de ces murs. Liz (Tatiana Maslany) est sans cesse prisonnière de ces murs, plus que du surcadrage, elle filmée dans les interstices, engluée dans cette toile de bois aux espaces incompréhensible.


Comme il a déjà pu le faire, Ozgood Perkins magnifie une architecture Lovecraftienne, où chaque angle semble trompeur et défier les principes mathématiques les plus basiques, un renfoncement en avant plan devenant une forme floue prête à engloutir Liz de plus en plus perdue. Comme dans l'introduction, la caméra se fait témoin privilégiée, épiante, faisant de nous témoins et coupables d'une histoire qui nous échappe, mais dont en perçoit les contours évidents.


Un récit mystérieux qui s'éparpille jusqu'à un laïus explicatif qui aurait pu être largement évité, cédant à une certaine forme de facilité ou un manque d'assurance dans la structure de son propre récit. Plutôt que de laisser l'histoire s'émanciper de toutes certitudes narrées, on doit subir une explication partielle de la source du récit, un traumatisme devenant la source d'un mal qui a emporté la vie de nombreuses femmes. Pourtant, certaines séquences restent d'une efficacité indéniable sur le rapport de domination induit par la relation sentimentale.


Cet acte de faiblesse qui fait baisser les barrières et laisser rentrer l'inconnu. Dans la scène du repas où le cousin amène une femme ne parlant pas anglais, toute la vérité se cache ici, l'insolence masculine et le doute féminin qui éclatent, l'exaspération menant à se remettre en question, douter de soi plutôt que remettre en question les agissements de l'autre.


À partir de ce moment l'asymétrie des murs de la maison, les fondus étranges et cathartiques, les reflets de Liz se répercutant jusqu'à ne plus savoir où est la vraie, qui est la vraie, une maison où rien ne se ferme, mais dont il est impossible de sortir, chaque baie vitrée renvoyant l'image d'une forêt aux arbres si resserrés qu'aucune vie ne semble pouvoir s'y épanouir.


Le final, renvoyant par moment à celui d'Annihilation d'Alex Garland, ou l'incarnation de la psyché défaillante de ces femmes trompées, instaure autant d'effroi que de résilience, dans cette acceptation de soi. Une fois de plus Perkins déploie une mise en scène en brillante au profit d'un récit qui s'avère défaillant par instant et empêche e pouvoir s'y plonger pleinement.

LionelBremond
6
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Films 2025

Créée

le 3 mai 2026

Critique lue 9 fois

Lionel Bremond

Écrit par

Critique lue 9 fois

D'autres avis sur L’Élue

L’Élue

L’Élue

7

Behind_the_Mask

1495 critiques

Tant qu'il y aura des hommes

Après le succès commercial et l'étrangeté suffocante de Longlegs, on aurait pu croire que Osgood Perkins aurait bénéficié de la carte.Mais c'était oublier qu'à l'époque, pas si lointaine, certains...

le 13 déc. 2025

L’Élue

L’Élue

2

cadreum

1109 critiques

La paresse d'un cinéaste paresseux

Qui est le film ? Fils d’Anthony Perkins, cinéaste longtemps perçu comme une figure marginale du cinéma d’horreur indépendant, Oz a récemment accédé à une visibilité nouvelle grâce à une série de...

le 30 déc. 2025

L’Élue

L’Élue

3

RaphaelKoster

653 critiques

Midsommar wish

Les elevated horror à scénario à tiroirs qui ménagent leurs effets ont leurs petits succès de festival et consacrent leurs réalisateurs comme auteurs à part entière : Midsommar, Weapons... Oz Perkins...

le 12 déc. 2025

Du même critique

Les Intrus - Chapitre 3

Les Intrus - Chapitre 3

1

LionelBremond

38 critiques

Critique de Les Intrus - Chapitre 3 par Lionel Bremond

Voilà une trilogie qui se finit dans la déchéance artistique la plus complète. Renny Harlin après avoir "sussoté" les vagues idées recyclées depuis 30 ans des films de ce genre, s'essaie, dans ce...

le 3 mai 2026

13 jours, 13 nuits

13 jours, 13 nuits

2

LionelBremond

38 critiques

Critique de 13 jours, 13 nuits par Lionel Bremond

Film catastrophique qui ne parvient à rendre compte de rien, l'aspect politique est totalement passé sous silence, et la tension de l'exfiltration en raison d'une mise en scène totalement dénuée de...

le 14 janv. 2026

Aporia

Aporia

3

LionelBremond

38 critiques

C'était mieux avant

Il est de ces films ou l'on se sent obligé de consulter plusieurs fois toutes ses listes pour être sur de ne pas les avoir déjà vu tant, chacune de leur secondes semble emprunter. On part sur un...

le 5 janv. 2024