Avant l'apparition du titre, le film nous positionne dans une répétition, les témoins tout autant que les protagonistes d'histoires se situant à travers les âges où des femmes séduites finissent par être détruites, la caméra devenant le témoin comme l'acteur de ces parcours dont les seules différences semblent être l'époque qui les voit s'épanouir. La suite bascule dans le présent, un homme emmène sa compagne dans une cabane au fond des bois (oui, n'importe qui aurait pu se douter), et c'est là que Perkins déploie ce qu'il sait faire de mieux.
À ce moment-là, la mise en scène s'articule autour des angles étranges de cette maison, de ces lames de bois paraissant se déployer jusqu'à un ciel absent, la caméra décadre les corps, les étouffant, les avalant quasiment au milieu de ces murs. Liz (Tatiana Maslany) est sans cesse prisonnière de ces murs, plus que du surcadrage, elle filmée dans les interstices, engluée dans cette toile de bois aux espaces incompréhensible.
Comme il a déjà pu le faire, Ozgood Perkins magnifie une architecture Lovecraftienne, où chaque angle semble trompeur et défier les principes mathématiques les plus basiques, un renfoncement en avant plan devenant une forme floue prête à engloutir Liz de plus en plus perdue. Comme dans l'introduction, la caméra se fait témoin privilégiée, épiante, faisant de nous témoins et coupables d'une histoire qui nous échappe, mais dont en perçoit les contours évidents.
Un récit mystérieux qui s'éparpille jusqu'à un laïus explicatif qui aurait pu être largement évité, cédant à une certaine forme de facilité ou un manque d'assurance dans la structure de son propre récit. Plutôt que de laisser l'histoire s'émanciper de toutes certitudes narrées, on doit subir une explication partielle de la source du récit, un traumatisme devenant la source d'un mal qui a emporté la vie de nombreuses femmes. Pourtant, certaines séquences restent d'une efficacité indéniable sur le rapport de domination induit par la relation sentimentale.
Cet acte de faiblesse qui fait baisser les barrières et laisser rentrer l'inconnu. Dans la scène du repas où le cousin amène une femme ne parlant pas anglais, toute la vérité se cache ici, l'insolence masculine et le doute féminin qui éclatent, l'exaspération menant à se remettre en question, douter de soi plutôt que remettre en question les agissements de l'autre.
À partir de ce moment l'asymétrie des murs de la maison, les fondus étranges et cathartiques, les reflets de Liz se répercutant jusqu'à ne plus savoir où est la vraie, qui est la vraie, une maison où rien ne se ferme, mais dont il est impossible de sortir, chaque baie vitrée renvoyant l'image d'une forêt aux arbres si resserrés qu'aucune vie ne semble pouvoir s'y épanouir.
Le final, renvoyant par moment à celui d'Annihilation d'Alex Garland, ou l'incarnation de la psyché défaillante de ces femmes trompées, instaure autant d'effroi que de résilience, dans cette acceptation de soi. Une fois de plus Perkins déploie une mise en scène en brillante au profit d'un récit qui s'avère défaillant par instant et empêche e pouvoir s'y plonger pleinement.