Vu en avant première au cinéma Lumière Terreau dans le cadre de la sélection de films présentés au festival de Cannes 2025. Sortie salle en France : octobre 2025.
Ce film pourra désormais s'inscrire dans un triptyque sur la société égyptienne dont les deux premiers volets sont "Le Caire confidentiel " qui dans un exercice qui emprunte au film noir parle du pouvoir politique et "La Conspiration du Caire" qui lorgne plus vers le film d'espionnage pour traiter du pouvoir religieux. Ici Tarik Saleh, propose une comédie pour à travers le portrait du monde culturel et intellectuel de l'Egypte faire une synthèse mordante des deux autres aspects de la vie publique du pays. En effet, lorsqu'on l'on soumet à George Fahmy qu'il serait bien pour lui qu'il accepte de jouer le rôle du Président dans un biopic en production, qui tourne vite à l'hagiographie, on s'aperçoit très vite que son indépendance, sa liberté de pensée, son mode de vie bien loin des préceptes religieux en vigueur dans le pays ne font pas le poids face à la persuasion de ceux qui détiennent le pouvoir. Ils ont les moyens et les appuis pour éventuellement vous obliger.
George devra incarner ce rôle, il devra surtout composer non pas un rôle mais délivrer une performance qui ne vise pas à créer du récit, à proposer un personnage en y incluant les zones de gris qui donneraient du relief, il doit composer avec "les Aigles de la République" hommes de l'ombre, omnipotents et omniscients, qui lui indiquent comment interpréter le Président pour la gloire de celui-ci. Contraint par des menaces à peine voilées de finalement évoluer au sein d'une société dont il ne connait rien, dont il n'a pas les codes, sa candeur le plongent dans des situations qui provoquent le rire. Le film, je le redis est une vraie comédie, une comédie de mœurs, une comédie piquante qui ne manque pas de souligner l'hypocrisie qui régit la société égyptienne entre entraves cultuelles et souhait d'émancipation contraint d'une intelligentsia au courage de rébellion contigüe à ce qu'elle pourrait perdre à trop faire démonstration de son désir de réformes. Dans ce monde il croisera Suzanne, l'énigmatique et charismatique épouse du ministre de la communication, propagande, qui chapeaute le projet du film.
Il y a cependant la présence de ce personnage trouble, inquiétant, qui parait être en réalité celui qui a la décision finale sur chaque aspect du film, un référent politique, un censeur religieux ou encore un agent des services de renseignements, rien n'est clairement établi, mais dans une seconde partie qui dévoile son plan et l'objectif de cette mise en scène il dévoilera toute sa roublardise, toute sa cruauté et toute sa verve de manipulateur pour démasquer ses véritables cibles. La comédie se mue alors en un thriller dans lequel les certitudes tombent, les dindons de la farce ne sont pas ceux qu'on croyait, le pauvre George se retrouve piégé et forcé de jouer le jeu d'une représentation du pouvoir en place aux consignes et aux fonctions clairement définies comme étant : éliminer les opposants. Les méthodes sont violentes et l'ensemble tant du film, que du film dans le film, que les protagonistes conscients ou manipulés qui ont pris part à ce complot, sont plongés dans un instant terrifiant de démonstration de force dictatoriale, on assiste avec eux à une purge et c'est sidérant.
Comme toujours avec le plus suédois des cinéastes égyptien, le scénario et le montage du film sont d'une rare précision, il délaisse me semble t'il sa photographie qui émulait une ville aux lumières artificielles pour travailler cette fois une image d'apparence moins ouvragée mais très contrastée qui souligne avec beaucoup d'intelligence l'aspect de fausseté du projet filmique, et il faut absolument saluer la prestation de Fares Fares je ne serais en effet pas surpris d'apprendre que son nom a été débattu par le jury cannois pour le prix d'interprétation masculine, il n'y aurait rien eu de choquant à ce qu'il inscrive son nom au palmarès en tout cas.