Un cinéaste est-il forcément condamné à se répéter ? Qu'attend-on de lui en termes de cohérence dans sa filmographie ?
Les Aigles de la République y répond de manière parfois étrange.
Car avec Le Caire Confidentiel et La Conspiration du Caire, Tarik Saleh, à l'évidence, forme un tout, voire une trilogie sur un même thème : un pays d'origine, l'Egypte, inscrit dans un portrait de ses remous, de son autoritarisme et de sa déliquescence.
Le tout en compagnie de sa muse Fares Fares, énorme gueule de charisme.
Mais si l'unité du thème et de la dénonciation ne font aucun doute, c'est la manière de la porter par Les Aigles de la République qui peut aujourd'hui étonner.
Car il mêle la réalité à la fiction.
Car le héros de l'aventure n'est pas des plus sympathiques.
Car pendant la majorité du film, Saleh plonge la tête la première dans une certaine forme de satire du milieu du cinéma et des pressions visant à sa récupération au service de la propagande. Au point que la comédie à l'italienne, par instant, n'est pas loin.
Les scènes truculentes s'enchaînent ainsi le temps d'un tournage à la fois mirifique et chaotique, jusqu'à croire que Les Aigles de la République gardera ce cap jusqu'au bout. Même si une éminence grise du régime traîne à intervalle régulier dans les coulisses.
Mais l'oeuvre effectue un sacré demi-tour au frein à main, dans une sorte d'explosion, frôlant la dystopie et venant soudain secouer le spectateur en lui rappelant la réalité de la menace et son goût du sang.
Et si Les Aigles de la République est loin d'être le premier film à exécuter un tel changement de braquet, le procédé aurait tendance à en souligner certaines limites.
Car si elle a beau être agréable a suivre, l'oeuvre semble s'inscrire, dans sa partie making of, dans un certain confort narratif un poil longuet, faisant penser qu'une réduction d'une dizaine de minutes en salle de montage ne lui aurait pas nui.
Car le mélange exécuté par Tarik Saleh ne jouit que d'une homogénéité toute relative, balançant entre le rire, l'intime puis le thriller, semblant brider l'aspect percutant de ces Aigles alors que Saleh n'a jamais semblé aussi assuré derrière la caméra.
Rien de foncièrement grave en fin de compte, mais mine de rien, Les Aigles de la République sera sans doute considéré par beaucoup comme l'opus le plus fragile de cette trilogie égyptienne informelle.
Behind_the_Mask, oiseau de malheur.