La transition, dans la vie d’un homme, entre adolescence et âge adulte est un cap ambigu à franchir. L’expérience humaine restant à vivre, l’adulescent se choisit ses maîtres à penser, figures emblématiques de la société. Il élit également un mentor au sein de son groupe, derrière lequel l’individualité se positionnera soit en l’adulant, soit en voulant le terasser. C’est le thème récurent traité plus d’une fois déjà au cinéma qu’a choisi Bourdieux pour son nouveau film.
Et c’est bien le problème avec « Les amitiés maléfiques ». D’un sujet bateau, il nous embarque dans une histoire qui manque de consistance, plus encore d’intérêt. Si les individualités sont bien marquées, chaque personnage est attachant, le groupe dans lequel ils sont censés évoluer n’est jamais tout à fait crédible et manque d’une réelle cohésion. Car ces jeunes gens ne semblent avoir que peu d’affinités si ce n’est celle de l’ambition, mais on ne ressent jamais l’interdépendance que celle-ci devrait provoquer et qui est censée les unir.
D’autres films abordant ce même thème général étaient plus poignants. On pense à « Travelling avant » de Tachella qui reposait sur l’ambition du rêve de la vie d’adulte, à « Désordre » d’Olivier Assayas dont la facture était résolument plus percutante, ou même à André Téchiné qui avec « Les roseaux sauvages » abordaient avec force les sentiments et les frustrations de jeunes adultes en devenir.
L’œuvre de Bourdieu reste en deçà. Superficielle et pesante où le verbiage plombe toute tentative d’émotion. On croirait voir un film de Desplechin, même petit univers petit bourgeois étriqué et dont le discours ne semble s’adresser qu’à un cercle élitiste très restreint et éloigné de toute réalité.
S’il fallait sauver quelque chose de ce film mal foutu jusque dans ses raccords de scènes, ce serait le prestation de Malek Zidi, acteur ô combien sensible et attachant dont on se demande pourquoi on ne le voit que si rarement.