Avec ‘Le secret de Dumbledore’, David Yates dépoussière et redonne du souffle à la saga après un premier volet poussif et second opus transitionnel sans intérêt. Cet opus, bien qu’inégal, a le mérite de susciter la curiosité du spectateur pour les deux prochains films de la saga.
Cette fois, il s’agit d’empêcher le macabre Grindelwald de prendre le contrôle de la communauté magique. En effet, blanchi de ses crimes contre les moldus, sa position n’est plus que jamais favorable pour atteindre le poste suprême. Mais pour cela, il devra rechercher un Qilin, une créature pouvant lire l’avenir et désigner le prochain chef de la communauté magique. Dumbledore, qui entretient une relation pour le moins ambiguë avec Grindelwald faite d’admiration et de regret, fait appel à Norbert Dragonneau et quelques autres pour faire échouer les plans diaboliques du mage noir.
Le premier grand plaisir du spectateur, qui comme moi est un grand fan de l’univers d’Harry Potter, est de retrouver plusieurs éléments de cet univers. On y revoit Dumbledore et son frère Abelforth. On aperçoit brièvement le professeur McGonagall jeune. On repasse par Poudlard, par la taverne du sanglier à Pré-au-lard. Cela ne pourrait être rien. Mais moi qui ai un esprit de midinette quand il s’agit d’Harry Potter, j’ai pris un énorme plaisir nostalgique à revoir tout ça. Et puis bien sûr, on retrouve les éléments phares de la saga des animaux fantastiques. On revoit Croyance, le moldu, Queenie et Grindelwald. On retrouve également les fameuses bêtes dont le niffleur, et le botruc. Et puis on découvre un tas de chose. Entre autres choses, l’homosexualité jusque-là supposée de Dumbledore est exprimée au grand jour, ce qui a provoqué un certain remous dans la salle de cinéma où je me trouvais.
L’intrigue de ce volet a été mieux travaillée que pour les deux volets précédents. On voyage beaucoup plus. Le film s’ouvre sur une assez bonne séquence dans une forêt (asiatique si je ne me trompe pas). Puis on se retrouve dans le Queens avant de s’embarquer pour Berlin, avant un dernier voyage au Bhoutan. La structuration du film me semble ici plus aboutie que pour le volet précédent. Car il s’agit de marier dans cette saga le côté ‘animaux fantastiques’, l’aspect ‘Poudlard’ (pour raccrocher la saga à celle d’Harry Potter) et l’aspect ‘la montée du fascisme pour les nuls’ (cher à J.K. Rowling). Dans le précédent film, l’aspect ‘animaux fantastique’ apparaissaient le temps d’une séquence sans intérêt comme si les scénaristes avaient oublié cet aspect pendant l’écriture du scénario. Et Poudlard n’apparaissait pas assez. Ici, l’ensemble est mieux agencé. Et les aller-retours entre chaque intrigue confèrent du dynamisme au film.
Visuellement, le film est assez inégal. Sur certaines séquences, la production a clairement abusé des effets spéciaux. Le combat entre Dumbledore et Croyance est assez laid, plombé par les surenchère s d’effets. La saga s’éloigne définitivement de l’aspect ‘bric-et-broc’ inventif des premiers films Harry Potter. En revanche certaines séquences sont plus réussies. L’utilisation de ralenti donne d’assez jolies scènes notamment avec le ballet de feuilles. Mais ma séquence préférée a été celle du Bhoutan où la bande de Norbert Dragonneau tentent de leurrer l’ennemi avec six valises identiques. La séquence est parfaitement rythmée, assez bien montée. Et le suspens marche plutôt correctement.
Ce volet est largement centré sur le Dumbledore, mais si le personnage principal reste Norbert Dragonneau. Le Dumbledore jeune porte les traits de l’avenant Jude Law. Il est ici assez ambigu entre son ancienne admiration pour Grindelwald et sa culpabilité, entre sa volonté de lutter et son souhait de rester dans l’ombre. Sinon, Eddie Redmayne ballade toujours son visage de rongeur et sa gueule d’ahuri. Mais la grande nouveauté, c’est que Grindelwald est désormais interprété par Mads Mikkelsen, lequel s’est fait le look d’un Poutine chevelu.
J’aimerais terminer sur le point suivant. La nouvelle mode des blockbusters est d’ancrer le film dans un certain esprit de sérieux. Par exemple, le dernier Kingsman traitait péniblement de la première Guerre Mondiale. Ici, on retrouve la montée du fascisme chère à l’auteure d’Harry Potter. Heureusement, la démonstration est tempérée par un humour bienvenu assez British.
Ce volet ravira les nostalgiques (comme moi !) de l’univers d’Harry Potter. Ceux que cet univers indiffèrent peuvent passer leur chemain.