Citation de M. Loup (Les Bads Guy)
Le monde des gros studios d’animation états-uniens est dans une période bizarre. Disney est artistiquement hors-service, n’ayant rien sorti de marquant depuis 2016 avec l’agréable duo Zootopie/Vaiana, préférant se cantonner à réaliser de mauvais remakes. Cette contreperformance cyclique a amené l’arrière garde à faire quelques choses de rares aujourd’hui dans le milieu : de l’expérimentation. Dans le cas de Dreamworks, toute innovation n’a pas été bonne à prendre comme quand est venu la question de copier Disney avec les remakes Dragons. Mais globalement on ressent un besoin de tester de nouvelles licences pour éviter de ne se reposer que sur des suites en chaînes de moins en moins bonnes, de moins en moins rentables. Ça a marché pour ce Chat Potté 2, qui jouait sur la discrétion et la vieillesse de son nouvel opus mais aussi la même année avec les Bads Guy. Ils symbolisaient une vraie réussite de Dreamworks à se renouveler (chose qui se confirmera d’autant plus avec Le Robot Sauvage 2 ans plus tard).
La perspective d’une suite seulement 3 ans après le premier opus (qui a pourtant eu un box-office plus de deux fois moins grands que le moins aimé Kung Fu Panda 4) laissaient à penser à une suite bâclée se reposant sur le succès critique, limite inattendue du film de 2022. Ces craintes tombent cependant dès la scène d’introduction où Pierre Perifel nous propose un travail de réalisation remarquable et inventif dans les rues du Caire. Scène d’introduction qui servira également de parallèle avec l’état actuel de nos personnages incapables de s’incérer dans la société actuelle après leurs méfaits. Mais ne nous attardons pas plus sue l’histoire bien plus faible que dans le premier opus, qui se limite ici à prétexter le spectacle visuel offert. On pourrait même lui reprocher d’aller en contre sens du premier film d’une part par ces thématiques où il sous entends que les Bad Guys ne pouvaient pas évoluer dans la société moderne mais aussi en arrêtant de traiter le groupe comme un ensemble d’individus mais plutôt comme une entité uniforme et prisonnière d’elle-même. On peut notamment reprocher la perte de la relation plus intime entre Loup et Serpent ainsi que la mise en retrait de Tarentule, Piranha et dans une moindre mesure Requin. Ils sont tous deux réduits à un trait de caractère (Tarentule est un génie de l’informatique et Piranha pète quand il stresse… voilà…). De même, si un personnage doit évoluer au sein d’une œuvre je pense que le très prudent et trop sérieux Serpent est très vite devenu et surtout restreint au rôle de l’amoureux idiot. Finalement il est limite étrange de découvrir que le personnage le moins limité par ce changement de ton de l’œuvre est la commissaire
Même si ce changement de ton est quelque peu regrettable, il est assumé car inévitable. “Les Bads Guy” étaient prisonniers de leur premier opus qui limitaient grandement la perspective de suite. Loup ne pouvait pas finir agent comptable dans une banque et offrir un deuxième film convenable. Pour cette raison, “Les Bad Guy 2” versent beaucoup moins dans la comédie et beaucoup plus dans l’action. Cela semble se confirmer par la fin qui établit, certes de manière quelque peu abrupte, un virement vers un style Mission Impossible/Men In Black. Heureusement, “Les Bad Guy 2” ne tombe pas dans les travers d’écriture de ces œuvres en ne faisant pas de M. Loup un Tom Cruise. C’est un pickpocket, très bon acteur et excellent chef d’équipe. Hors de ces rôles il est faillible. Cela se voit dans les combats où il se fait complètement surpasser. C’est d’ailleurs la source de ce qu’on peut appeler du féminisme discret ou les compétences des personnages féminins sont évoquées avec respect sans pour autant mettre en avant que ce sont des femmes. C’est notamment plaisant de ne pas avoir à subir des commentaires pour ce nouveau groupe de voleuses 100% féminin.
Mais les vrais points forts de “Les Bad Guy 2” qui viennent contrebalancer les défauts de ce changement de ton sont sans aucun doute sa rythmique et sa réalisation. C’est simple on ne s’ennuie jamais, on virevolte de scènes d’actions ou des tensions léchées, si bien que le simple spectacle proposé vaut sa place de ciné. La réalisation n’est pas en reste. Si on pense d’abord aux deux plans fixes (celui de la voiture puis celui de l’enterrement) on se rend compte qu’à coups de 2D incrustée, de zoom brutaux et d’angles de caméra dynamique on offre une nouvelle couche de spectaculaire à une mise en scène déjà orchestrée de manière surréaliste pour en amplifier l’aspect grandiose de scènes. La scène qui le crie le plus est sans doute celle de l’abordage de la fusée qui assume fièrement son coté surréaliste, mais très drôle à voir. On comprend pourquoi cette scène en particulier a été utilisé pour promouvoir le film.
En conclusion, je dirais que Les Bad Guy 1 et 2 sont d’une qualité semblable mais pour des raisons diamétralement opposées. Si le premier opus se centrait sur une comédie de dialogue et oral le deuxième essaie plus de concentrer ses qualités sur le visuel pour briller. Ce changement est sans doute induit par des œuvres comme « Le Chat Potté 2 » et « Le Robot Sauvage » qui surclassait grandement le premier film sur ce point. Mais ce changement est surtout salvateur d’une histoire qui n’aurait pas pu repartir sans, faisant de cet opus ce qui semble être une transition vers un modèle plus répétable. De ce fait, le choix des agents secrets permet de faire continuer les aventures des Bad Guys sans pour autant créer des répétitions thématiques. A savoir si cette transition est une aubaine qui va permettre à Pierre Perifel et ses collaborateurs de proposer des spectacles encore plus fous ou au contraire sombrer lentement dans une monotonie lassante. Que l’avenir les considèrent comme gentils et méchants une seule question se pose ; sauront-ils faire les bons choix ?
“- Tu nous fais quoi là?
- Nous allons faire semblant de devenir gentils pour pouvoir rester les Bad guys.
- T'es un génie Loup.”