Même s'il est un peu méprisé par une certaine partie de la critique et quasiment inconnu à l'international, j'ai, je dois l'avouer, une vraie tendresse pour Michel Leclerc. Je suis admiratif en particulier de son talent pour s'inspirer de sa propre vie dans des films intimes, sensibles et drôles. Les histoires d'amour de Les goûts et les couleurs et Le nom des gens, l'autobiographie familiale de Pingouin et Goéland et leurs 500 petits, le rapport intime à la politique dans La lutte des classes, tous ces thèmes sont traités avec une finesse et une poésie admirables. Qu'il parle de la gauche, toujours avec acuité, ou de notre rapport à la mémoire, à la famille, à la solitude, il sait faire rire et émouvoir.
Mais depuis deux films, même si il a toujours été un peu inégal, la machine semble se gripper. Le Mélange des genres est un film sympathique, mais on ne peut pas dire qu'il soit très pertinent sur le sujet du féminisme. Au moins, Michel Leclerc veut nous parler de quelque chose. Mais là...
C'est là à mon sens le principal problème du film : il ne sait pas quoi dire, et il ne dit d'ailleurs rien, à part deux ou trois blagues assez lourdes renvoyant très vite fait à notre époque. Michel Leclerc met usuellement en place une poétique politique : ses meilleurs films nous permettent de décaler le regard que nous posons sur la société. Et en cela, ses thèmes sont résolument contemporains. Alors quand il se retrouve dans une époque éloignée à ce point de la nôtre, sa profondeur s'éteint complétement. Il mise tout sur sa mécanique comique et scénaristique, mais, rien à faire, elle est complétement rouillée. Tout ce qui se passe est incohérent, et l'idée de reprendre des personnages historiques et romanesques classiques revient à se tirer une balle dans le pied : le regroupement de ces personnages reste complétement artificiel, et aucun ne réussit à exister vraiment, seulement, dans l'espace du film. À chaque foi, il nous est rappelé comme ces personnages sont faux, et comme ce qui leur arrive ici est totalement inférieur à la puissance de leur vie réelle ou des œuvres qui les ont fait connaître. Alors on peut essayer et faire semblant d'y croire, mais dans le fond on se dit que Molière devait être un personnage mille fois plus complexe et intéressant que dans le film, et que d'ailleurs son histoire d'amour avec Madeleine Béjart devait être beaucoup plus belle. Et même si Louis XIV est un enfant très attachant, il est impossible d'oublier qu'il sacrifiera plus tard de nombreuses vies sur l'autel de sa gloire.
Et, de toute façon, quand bien même l'histoire serait bien écrite, elle aurait bien du mal à exister dans des décors si factices, avec une mise en scène d'une platitude innommable (Michel Leclerc a toujours été meilleurs scénariste que metteur en scène, mais tout de même...). Ne parlons pas des scènes d'action complètement ratées, qui semblent avoir été posées comme un cheveux sur la soupe. Le manque de budget, mais aussi le manque d'inspiration dans la direction artistique, se ressent dans tous les plans. Vivement que Michel Leclerc revienne à notre époque, qu'il nous remette ses chansons dans ses films et qu'il retrouve sa sensibilité poétique si particulière. Le rococo, ce n'est définitivement pas pour lui.