Premier succès commercial d’Alfred Hitchcock, Les Cheveux d’or est l’un des 9 films muets du maître absolu du thriller. Le long métrage adapte The Lodger, le roman de Marie Belloc Lowndes, lui-même inspiré de l’histoire du meurtrier en série Jack L’Eventreur.

Pour un film quasiment centenaire (il est sorti en 1927), quelle claque les amis ! L’intrigue nous plonge dans les sombres rues de Londres, où un mystérieux « Avenger » qui n’a rien d’un super-héros, sévit. Un tueur en série intelligent et insaisissable, qui ne s’en prend qu’à des jeunes filles blondes. Chaque semaine, dans la nuit de mardi à mercredi. Les victimes se succèdent et la presse se passionne rapidement pour l’affaire. Nous suivons la jolie Daisy, interprétée par l’actrice américaine June Tripp, dont les parents tiennent un petit magasin et une maison de pension. Daisy est au centre d’un triangle amoureux : elle est la fiancée d’un détective de Scotland Yard (qui travaille bien évidemment sur l’affaire des meurtres) mais s’éprend d’un excentrique et louche locataire, interprété par Ivor Novello (également tête d’affiche de C’est la vie, l’autre Hitchcock de cette année 1927).

L’intrigue est suffisamment bien ficelée pour n’avoir recours qu’à un nombre restreint de cartons de dialogue : ici le visuel prime, et certains tics de réalisation hitchcockiens se dessinent déjà, pour le plus grand plaisir du spectateur. La mise en scène fascine par son brio et sa maîtrise. Le cinéaste y mélange les codes classiques du suspens et un certain expressionisme allemand, découvert à Berlin sur le tournage du Dernier des hommes de Murnau, alors qu’il était venu dans la capitale allemande pour tourner coup sur coup Le jardin du plaisir (1925) et L’Aigle de la montagne (1926). Et ici, le mariage des styles fait merveille ! Certains mouvements de caméra (lorsque Daisy est dans son bain par exemple) m’ont fait penser à son plus grand chef d’œuvre, Psychose.

Hitchcock est connu pour ses caméos dans ses films, un gimmick dont les spectateurs sont très friands car le grand jeu est de getter et repérer la figure ronde et bonhomme du réalisateur. Les Cheveux d’or constitue sa toute première apparition à l’écran, ici sous les traits d’un employé dans le bureau du journal. Si ces apparitions sont devenues pour ainsi dire la marque de fabrique du cinéaste, il s’agissait à l’origine d’éviter un coûteux retard lors du tournage. En effet, l’acteur engagé pour jouer le rôle de l’opérateur téléphonique du journal ne s’est pas présenté le jour J, et c’est tout naturellement qu’Hitchcock a endossé au pied levé le costume pour le remplacer.

Hitchcock est connu pour soigner ses transitions. C’est bien ici le cas, notamment avec la figure des cercles que l’on retrouve à plusieurs moments dans le film, à l’image de cette bombonne du magasin qui devient la roue d’une voiture par exemple.

Le cinéaste est également reconnu pour ses scènes d’ouverture mémorables. Les Cheveux d’or s’ouvre sur le cadavre d’une jeune blonde entourée par la foule, mais pour la petite histoire, ce début aurait dû être très différent. En effet, pour son premier plan Hitchcock souhaitait mettre en scène la blonde victime de l’Avenger repêchée et traînée hors de la Tamise par les détectives. Mais Scotland Yard lui a d’abord refusé plusieurs fois de tourner près du pont de Charing Cross. Devant son insistance, ils ont informé le jeune réalisateur qu’ils « détourneraient le regard » sur le tournage de la scène, à condition qu’elle soit réalisée en une nuit. Mais, comble du malheur, c’est au moment du dérushage qu’Hitchcock a découvert épouvanté que son caméraman avait oublié de mettre l’objectif sur la caméra avant de filmer la scène de nuit… En voilà un qui n’a pas dû être rappelé pour les tournages suivants du réalisateur !

Les Cheveux d’or pose les bases du cinéma de suspens à la Hitchcock. Et ça donne follement envie de se refaire la filmo de ce petit génie. Pour ceux qui seraient intéressés, le film est tombé en 2023 dans le domaine public, et peut donc être consulté gratuitement (par exemple sur archive.org) ! A bon entendeur !

D. Styx

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