Ne me libérez pas de ce doux sortilège

Faut-il craindre ou composer avec les cinq diables de ce mystérieux titre lourd de promesses dont les 10 cornes cachent un récit multiple qui jongle, avec une souplesse folle, entre la quête initiatique d'une jeune fille augmentée d'un don d'ubiquité défiant le temps et le déploiement de réflexions sociétales aussi larges que la peur de la différence, la méchanceté ordinaire ou la complexité de l'amour filial. Le tout avec en toile de fond cette quête insatiable de l'humanité pour trouver un éventuel sens à cette boucle rageuse qui fait tourner le soleil autour de notre sol terrestre souvent jugé trop meuble.


Pour ma part, je compose, et bien plus, je tombe sous le charme d'un film singulier qui parvient à en dire beaucoup tout en se préservant de trop en faire. La composante fantastique, à n'en pas douter plus que nécessaire à la pleine expression du concept à l'origine d'un récit sacrément original — un savoureux délice tant c'est rare à notre époque —, reste savamment discrète, les interprètes, tous habités, qui se partagent le cadre ont alors la liberté d'action de tout donner, ce qu'ils font sans aucune réserve.


De la jeune actrice interprétant Vickie, impressionnante de patience là où souvent l'enfance à l'écran, par spontanéité, a toujours un coup d'avance sur le tempo recherché, à Adèle Exarchopoulos qui décidément dévore toujours plus l'écran, sans oublier le très juste duo frère / soeur emprisonnés dans le silence : Swala Emati, frêle enveloppe en perdition sort de son mutisme pour gagner les coeurs en ensoleillant un karaoké orageux et Moustapha Mbengue s'aligne à merveille sur le métronome d'une patience sourde, silhouette puissante mais mesurée qui accepte la difficile mission de ne jamais laisser la mesure s'emballer.


Une partition délicate jouée avec une grande sincérité et surtout une maîtrise dingue. A la forme soignée, qui sait sortir des clous quand il le faut — souvent lors des flashbacks qui sont du coup parfaitement compréhensibles niveau chronologie —, se greffe une bande son originale en pleine harmonie avec la mise en scène ou des choix musicaux pensés pour amplifier l'émotion — Cuatro Vientos sur la dernière séquence fait frissonner —, de quoi sortir de la séance impressionné par cette incantation de Léa Mysius que je qualifierai avec un peu de trouille d'acte de sorcellerie.

oso
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le 15 févr. 2023

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