For Colored Girls fait le choix du film choral pour figurer cette chaîne de dépendance et de solidarité entre différentes femmes noires à même de tendre vers l’allégorie de la femme noire vivant aux États-Unis : soit neuf individualités drastiquement opposées vivant dans des quartiers et appartenant à des milieux divers, engagées chacune dans une quête de liberté via un raccord au passé. Sur ce point, la première heure réussit un dispositif de mise en scène habile, soit la transition d’un portrait de femme à l’autre au moyen de mouvements de caméra, d’objets ou de capture d’un personnage dans une scène jusque-là animée par d’autres. Nous regretterons alors que la seconde partie tombe dans l’explicitation psychanalytique et mystique des maux représentés : les séquences se complaisent dans un moralisme d’autant plus factice qu’il naît de situations stéréotypées et parfois misérabilistes, incapables du moindre dosage en matière de pathétique. Surtout, la convergence des singularités initiales au moyen d’un parcours partagé uniformise les neuf personnalité en une rédemption tiède synonyme de monotonie, loin des tentatives comiques du début. Cela est d’autant plus regrettable que les actrices sont épatantes.