Après le succès mitigé de l’épisode précédent, George Lazenby décide de ne pas rempiler. Les producteurs se tournent alors vers Sean Connery, affublé d’une moumoute bien voyante, pour reprendre « son » rôle une dernière fois.
Le film commence avec Bond sur les traces de Blofeld. Le montage impose d’emblée un rythme enlevé. Le drame du film précédent n’est jamais évoqué, comme si cet épisode constituait davantage une suite à On ne vit que deux fois. Et pour la troisième fois, le célèbre méchant change de visage. De toute façon, les scénaristes ne semblent plus savoir quoi faire du personnage. À part caresser son chat et échafauder des plans toujours plus absurdes, le numéro un du SPECTRE ne sert plus à grand-chose. Quel génie du mal laisserait 007 en vie pour la énième fois au lieu de lui coller une balle en pleine tête ? Il enchaîne les décisions sans queue ni tête. Il est temps de laisser la place à d’autres antagonistes.
Avec l’arrivée des années 70, on perd l’élégance et l’optimisme des années 60 au profit d’une décennie davantage tournée vers le spectacle et la désinvolture. On a ici un divertissement plus décomplexé, qui mise avant tout sur l’humour. James Bond frôle l’autodérision avec ses punchlines lancées à tout bout de champ. On a parfois l’impression d’être davantage devant un OSS 117 que devant un Bond d’antan.
Le choix de Las Vegas n’est pas anodin. En installant Bond dans la capitale mondiale du jeu, les producteurs cherchent aussi à séduire davantage le public américain, devenu un marché incontournable pour la saga. La ville incarne parfaitement le virage pris par la série au début des années 70 : un univers plus tape-à-l’œil et moins attaché au réalisme des premiers épisodes. Entre casinos, néons et excès en tout genre, Bond semble désormais évoluer davantage dans un parc d’attractions que dans un véritable monde d’espionnage.
L’intrigue est de moins en moins réaliste. Le méchant envoie dans l’espace un satellite équipé de diamants, capable de détruire des cibles aux quatre coins du monde. Le point fort du film réside dans ses deux tueurs, qui comptent parmi les hommes de main les plus mémorables de la saga. Toujours calmes et d’une politesse déconcertante, même au moment de tuer, ils instaurent un contraste aussi étrange qu’inquiétant. Leurs meurtres, mis en scène avec un humour noir mordant, leur confèrent une personnalité unique. Contrairement à la plupart des hommes de main de la série, ils reviennent à plusieurs reprises traquer Bond, devenant une menace récurrente tout au long du film.
Sean Connery joue avec moins d’implication qu’autrefois. Cette fois, c’est bien la dernière… ou pas. Les diamants sont éternels marque la fin d’une époque et annonce clairement ce que deviendra la saga durant les années 70 : plus légère et beaucoup moins réaliste.