đŹ LES DIMANCHES - Alauda Ruiz de Azua | â 8/10
PhĂ©nomĂšne public et critique en Espagne, multi-rĂ©compensĂ© jusquâau prix du meilleur film au festival de San Sebastian, Les Dimanches raconte lâhistoire dâAinara, une adolescente de 17 ans qui finit son lycĂ©e et qui sâinterroge sur sa vocation, sentant grandir en elle la foi catholique.
Le film surprend dâabord par sa sobriĂ©tĂ©, son austĂ©ritĂ©. Pas de grandes envolĂ©es, pas de musique envahissante : beaucoup de scĂšnes dialoguĂ©es feutrĂ©es, de silences, de regards, de non-dits.
LĂ oĂč le film aurait pu tomber dans la caricature ou la charge idĂ©ologique. Il choisit lâinverse. La jeune hĂ©roĂŻne est dĂ©terminĂ©e sans ĂȘtre exaltĂ©e. La tante, farouchement opposĂ©e Ă ce choix, nâest jamais outranciĂšre. Le pĂšre, lui, semble surtout perdu. Autour de la jeune femme gravitent des personnages secondaires qui projettent sur elle leurs propres peurs, leurs frustrations, leurs renoncements. Et câest lĂ que le film devient passionnant, en se focalisant moins sur le choix d'Ainara que sur les consĂ©quences qu'il a sur sa famille et e trouble dans lequel il les plonge.
La mise en scĂšne, trĂšs Ă©purĂ©e et presque inconfortable dans le rythme qu'elle impose, refuse dâindiquer au spectateur ce quâil doit penser. Ni le monde catholique nâest idĂ©alisĂ©, ni ses dĂ©tracteurs ridiculisĂ©s. Cette neutralitĂ©, donne toute sa force au dilemme moral. Libre Ă chaque spectateur de se positionner, et câest prĂ©cisĂ©ment ce trouble que le film cultive avec brio. NĂ©anmoins, l'image de la religion vĂ©hiculĂ©e par le film, certes neutre, mais jamais naĂŻve non plus, et la perspective que cette jeune fille s'y engage si jeune ont suffi Ă me faire froid dans le dos.
Les Dimanches est un film perturbant, exigeant, jamais dĂ©monstratif, et si l'on peut trouver regrettable qu'il s'attache davantage Ă radiographier avec sĂ©vĂ©ritĂ© les hypocrisies dâune famille bourgeoise et progressiste qu'Ă souligner lâinfluence souterraine du catholicisme, tout en mettant en avant un choix plutĂŽt Ă rebours des luttes fĂ©ministes actuelles, le film laisse tout de mĂȘme une impression durable : celle dâavoir Ă©tĂ© placĂ©, sans bĂ©quille, face Ă une question intime et politique Ă la fois.
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