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Plaise à Dieu
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Le sujet peut paraître austère, voire anti-cinématographique ; comment filmer ce qui relève ontologiquement de l’intime : la foi, l’appel, la vocation religieuse ? C’est justement en ne la filmant pas directement qu’Alauda Ruíz de Azúa réussit son film : Les Dimanches tourne autour de cette question mystérieuse par essence et s’intéresse à ses conséquences. On ne saura pas si Aínara (Blanca Soroa), 17 ans, a « réellement » été appelée par Dieu à entrer dans les ordres et un couvent. On sait, en revanche, ce que sa décision provoque sur ses proches : son père veuf et démissionnaire, Iñaki, s’en réjouit pour les économies que cela apportera, sa grand-mère veut respecter son choix mais ne peut s’empêcher de lui faire comprendre qu’elle va terriblement lui manquer, et sa tante Maite, formidable Patricia López Arnaiz, au mieux sceptique, au pire anticléricale, essaie de l’en détourner.
La beauté de ce film réside dans son ambiguïté : Aínara a-t-elle une vocation sincère, ou cherche-t-elle à échapper à un réel qui l’effraie (ses ami·es adolescent·es obsédé·es par le sexe et l’amour, son rôle de presque-mère pour ses petites sœurs) ? Cherche-t-elle en Dieu un père (le Père !) de substitution au sien, défaillant et antipathique ? en la mère supérieure du couvent la mère qu’elle a perdue à 9 ans ? Iñaki est-il sincère quand il dit vouloir respecter la décision de sa fille aînée alors qu’elle l’arrange bien ?
La réalisatrice ne tranche pas, elle n’insiste pas non plus sur les interprétations psychanalytiques et laisse le champ à ses personnages. Ce sont eux qui font le film, ou plutôt elles : Maite, la tante en pleine crise conjugale, est un magnifique personnage de femme libre dans une société patriarcale et religieuse comme l’Espagne, mère de substitution essayant de parler librement avec ses nièces, se débattant face au vide métaphysique de son existence. Aínara est très touchante, comme tous les ados qui se cherchent. Face au tumulte du monde et la perspective désespérante d’un monde où Dieu est mort, mieux vaut-il se réfugier dans une fiction, sortir du monde pour s’en abstraire, ou y entrer pour tenter de l’affronter tout en sachant qu’on va perdre ? Parier, comme Pascal, ou chasser l’infâme ? Mais quel infâme ? Tout est suggéré, dans Les Dimanches : la religion est harmonieuse (jolies scènes de chorale), pacifiée, sororale, son passif pédocriminel jamais explicitement évoqué mais toujours présent (« Méfie-toi des curés », dit Maite à son jeune fils ; ainsi que le rôle d’abord trouble car hors-champ du jeune prêtre, confident spirituel d’Aínara). Au-delà de la seule religion, c’est la notion de « vocation » et plus largement la recherche pour chacun·e de sa place dans le monde que filme Alauda Ruíz de Azúa : pourquoi vit-on ? faut-il nécessairement dédier sa vie à un principe supérieur pour lui donner un sens ? On sort de la salle avec plus de questions que de réponses, mais avec la certitude d’avoir affaire à une cinéaste sûre de son art.
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Créée
le 16 févr. 2026
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