Saga historique et dramatique se déroulant sur quatre générations, ce film très dense nous livre les récits entrecroisés de jeunes filles tout au long du 20ème siècle jusqu'à notre époque contemporaine. Tous ces destins sont ramassés dans une unité de lieu, une ferme du Nord de l'Allemagne, lourde des drames du passé.
D'entrée de jeu, le film nous plonge dans la profondeur du récit: un plan resserré, des paroles rares, puis des propos dans un dialecte allemand fort éloigné de l'allemand contemporain. Tout au long du film, on aura un va-et-vient savamment pensé entre ces quatre générations: la petite Alma, affectée par la mort d'une parente qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau; Erika, dans les années 40, qui voue une attirance proche de l'obsession vis-à-vis de son oncle estropié; Angelika au corps de nageuse sexualisé; Lenka, fascinée par le destin tragique de sa voisine Kaya, au détriment de sa soeur.
Avec une poésie sombre et maîtrisée, le film embrasse une perspective résolument féminine, avec un récit traversé par les thèmes de la mort, le deuil, la sororité, le corps, souvent exposé au regard masculin.
Les transitions, qui semblent être comme des bruits étouffés, permettent une respiration dans le récit torturé, tout en nous faisant ressentir le poids de la pesanteur et de la gravité, par le choix méticuleux des sons et des couleurs.
Impressionnant dans sa maîtrise du récit, le film peut intimider par sa complexité et son obscurité. Néanmoins, il développe avec une grande beauté le concept de sororité. Un chef d'oeuvre qui prend du temps à être digéré.