Le film n'a pas la légèreté de sérials comme "Les Araignées "(ou les Feuillade), les années 10 sont désormais loin. C'est un muet assez tardif où l'expressionnisme se dilue dans un onirisme plus général, où les cadres centripètes et très élaborés créent une dynamique à cheval entre éclats du muet et dramaturgie des policiers du parlant. Même le jeu parfois marqué des acteurs ressort moins d'une outrance propre au muet que d'expressions propres à chaque acteur (et non à un répertoire pré-acquis), une façon de les camper dans leur singularité (rictus, mimique, rire, jusqu'à cette façon de mordre un collier de perles à pleines dents).

Après une ouverture à toute vitesse en forme de morceau de bravoure (coups de téléphone en chaîne, assassinat en direct, panique générale), le film se découpe à peu près en trois parties :

- Présentation du héros, un policier travaillant dans le contre espionnage, et histoire d'amour avec sa belle rivale du clan opposé, dans la plus pure tradition amoureuse du roman d'espionnage (dont le "Top Secret" de Blake Edwards sera l'acmé). C'est beau, étonnement lent parce que soigneux, attentif au déroulé de l'intrigue et des sentiments.

- Au bout d'1h10 changement de personnages : nos héros sont séparés. Il a découvert l'identité de sa belle et noie son chagrin, elle se fait enfermer par son propre chef. On doit s'intéresser à une nouvelle histoire de traité secret avec des japonais, sur lequel veut mettre la main le grand méchant. Une nouvelle espionne toute pimpante remplace notre héroïne, c'est charmant mais sans vrai rapport avec ce qui a précédé, ça dure presque trois quart d'heure et donne un léger sentiment de flottement.

- Les 40 dernières minutes sont exceptionnelles, Lang a tout réservé pour la fin : accident de train, attaque d'une banque, final avec numéro de clown, chaque séquence fait monter le suspense avec un art inouï de la mise en scène. Après les grosses machines Niebelungen et Métropolis, le film sonne comme une joyeuse récréation, branchée en direct sur un rêve plein d'effroi.


LunaParke
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le 30 mars 2026

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