Hamid est réfugié syrien, où il était prof de littérature et opposant au régime, il a été torturé dans une des pires prisons de Bachar. Aujourd'hui membre d'un groupe de réfugiés syriens clandestin qui traquent les criminels de guerre qui se cachent en Europe, Hamid est persuadé d'avoir reconnu son tortionnaire Harfaz devenu étudiant en chimie à Strasbourg. Mais le doute est là: est-ce vraiment lui ? est-ce la parano provoquée par le trauma ? (il a aussi perdu épouse et fille)
Alors il doute, et nous on doute avec lui. Avant lui même, j'ai été rapidement persuadé qu'il faisait erreur. Dans sa traque à Strasbourg, on voit très sommairement les conditions des réfugiés, il rencontre une jeune syrienne réfugiée, on fait la connaissance d'une jeune allemande elle aussi victime collatérale de Bachar et ses tortionnaires, on voyage aussi un peu en Syrie, à Beyrouth (mais toutes les scènes ont visiblement été tourné en Jordanie), et on sent la pression que la dictature syrienne arrive à faire peser même quand on est loin.
Thriller social et politique sur les guerres contemporaines et sur la dictature de Bachar très réussie, on jubile lors d'un dialogue à la table d'un resto entre les deux protagonistes. La folie que peut provoquer les traumatismes de guerre est finement exposée et Millet évite les clichés racistes sur les migrants notamment grâce à sa "camarade" allemande qui endosse le plus gros passage à l'acte, c'est élégant. On rajoute encore la poésie de certains mots, par exemple lors de la rencontre entre Hamid et une réfugiée syrienne qui récitent de la poésie pour se prouver qu'iels peuvent se faire confiance. Bref, j'ai beaucoup aimé, ça m'a replongé dans un vieux voyage au pays d'El Assad donc il m'est compliqué de trouver des points négatifs.