Michel Leclerc a le goût du romanesque et aime par dessus tout confronter des mondes irréconciliables. Dans Les goûts et les couleurs, une chanteuse très parisienne rencontre un placier de marchés on ne peut plus banlieusard. Le snobisme contre la beaufitude, si l'on prend le côté négatif des deux personnages, mais puisque parfois les contraires s'attirent .... Le cinéaste ne craint pas les clichés, on dirait même qu'il en joue, pour ses trois protagonistes (mention spéciale à la chanteuse culte pour un petit nombre, soudain à la mode, jouée par une Judith Chemla ébouriffante). On n'est pas obligé de croire aux revirements psychologique successifs des uns et des autres mais le plaisir est ailleurs, dans l'encapsulage d'une époque à travers de faux clips ou émissions de télévision des années 70/80 et dans l'amour de la chanson française à texte opposé aux pratiques d'un show-biz sans grande morale. Les goûts et les couleurs possède un charme certain pour décrire des situations fantaisistes, des folies passagères et des élans irrépressibles et tant mieux si l'on s'éloigne du réalisme. Plus que Félix Moati, qui a quand même du mérite à essayer de se sortir des limites de son peu sympathique personnage, Rebecca Marder enchante naturellement, quelques mois seulement après Une jeune fille qui va bien. Reste l'épineuse question des chansons spécialement écrites pour le film : certains aimeront, d'autres non. Disons qu'elles sont d'un intérêt inégal. Mais vous savez, les goûts et les couleurs ...