‘Les goûts et les couleurs’ est une comédie qui a du mal à démarrer mais qui finit par trouver sa note. Ce film sur une vieille chanteuse, bien que moins abouti que ‘Guy’ (d’Alex Lutz), réussit à nous émouvoir et nous faire rire. Car Michel Leclerc a une vraie capacité à pointer les traves de l’époque.
Marcia, jeune chanteuse passionnée, enregistre un album avec son idole Daredjane, icône rock des années 1970, qui disparait soudainement. Pour sortir leur album, elle doit convaincre l’ayant-droit de Daredjane, Anthony, placier sur le marché d’une petite ville, qui n’a jamais aimé sa lointaine parente et encore moins sa musique. Entre le bon et le mauvais goût, le populaire et le chic, la sincérité et le mensonge, leurs deux mondes s’affrontent.
Vue dans le cadre du ‘Brussel International Film Festival’ (BRIFF) en présence de Michel Leclerc et Félix Moati, le metteur en scène chambrait son acteur en disant que la première partie du film, où le comédien n’était pas, était meilleure que la deuxième où l’acteur apparaissait. Il a tort, car la première partie est assez laborieuse. On y suit Marcia (Rebecca Marder) composer avec Daredjane (Judith Chemla vieillie). Le problème c’est que Chemla (qui est une bonne comédienne) n’est ici pas convaincante. Bien qu’elle fume et boive comme un trou et malgré l’âge, sa voix est toujours impeccable, pas cassée. On dirait qu’ils ont oubliés de maquiller la voix. Les scènes sont trop longues. Il y a peu d’idée comique, si ce n’est de la faire trébucher, dire des horreurs.
En revanche, la seconde partie est bien meilleure. Elle se base sur le schéma classique mais inusable des contraires qui se repoussent puis s’attirent. Lui (Félix Moati) est un beauf de banlieue, inculte, lourdingue. Elle est lesbienne, parisienne et vie sur une péniche. Le comique rappelle les screwball comédies hollywoodiennes. Le couple marche assez bien et il y a une certaine alchimie entre les deux.
Le film est évidemment une satire du milieu musical. Ces chanteurs lubriques aux mains baladeuses, ces managers minables, ces télécrochets, l’aspect financier qui l’emporte sur l’aspect artistique et puis surtout la célébrité qui s’en va et qui revient. On est sur le devant de la scène quelques mois et puis quelqu’un de moins talentueux prend la lumière. Tout ça est assez aléatoire.
La principale qualité de Michel Leclerc est de capter, de saisir une époque comme en témoigne sa filmographie ‘Le nom des gens’, ‘Télé gaucho’ ou même son travail sur la série ‘Fais pas ci, fais pas ça’. Il sait montrer les travers d’une époque et c’est aussi ce qui fait la richesse de ce film. Leclerc pointe l’obsession de la célébrité et donc de l’image. Comme dans ‘Le goût des autres d’Agnès Jaoui’, on voit ce qu’est le snobisme artistique avec ce personnage de sculptrice dont les statues ont été achetées par une municipalité pour les mettre à la place de banc et ainsi chasser les SDF. Une très bonne scène de fête sur la péniche vient rappeler à quel point le monde culturel supposé plus ouvert peut être cruel.
‘Les goûts et les couleurs’ est une comédie assez bien vue sur le milieu de la musique porté par deux très bons acteurs et qui vole au-dessus de la mêlée de la comédie française moyenne.