Un western de William Wyler avec un casting alléchant. On y retrouve notamment Gregory Peck et Jean Simmons, ainsi que Charlton Heston.
A première vue, rien de nouveau à l'ouest : on retrouve ici la haine entre deux propriétaires terriens, du détournement de troupeau, de la bagarre aux poings (très belle scène nocturne), des coups de feu et les traditionnels mauvais garçons, entre autres.
Mais il y a là un regard.
Cela commence, d'ailleurs, par un regard. Celui des enfants qui voient descendre Gregory Peck de la diligence, et qui trouvent ridicule ce dandy vêtu d'une manière qu'ils n'ont jamais vu.
Et le regard est au centre de l'intrigue. Gregory Peck est attendu de sa fiancée, la fille du plus gros propriétaire de la région, ravie d'être mariée bientôt à un homme riche et respectable, beau gosse qui plus est. Mais elle va aller de déconvenue en désillusion. Son homme idéal ne réagit pas lorsqu'il est pris à partie par les mauvais garçons du coin. Bien plus, il n'est même pas en colère d'avoir été "bizuté".
Son amant rêvé renonce à monter le cheval orageux qu'on lui destinait, s'attirant au passage le mépris du contremaître joué par Charlton Heston, que l'on devine tout de suite amoureu de la promise, et savourant le manque de popularité de son rival.
Et puis l'homme se conduit étrangement, se perdant dans les grandes plaines pour on ne sait trop quelle raison (de son point de vue).
Pourtant Gregory Peck, malgré ce que tout le monde pense de lui, n'est pas un lâche, le spectateur averti s'en doute dès le début. Au contraire, il a le courage d'afficher ses opinions et sa manière d'être en un endroit où cela peut lui attirer toutes sortes de désagréments. Et le courage de passer outre le regard des autres.
C'est que notre héros...
Est un pacifiste.
Ce qui n'est généralement pas une qualité dans le western.
Mais ce décalage suffit à parasiter tous les poncifs du genre. Dans un genre très codifié, beaucoup de réalisateurs ont la tentation de retourner les règles pour surprendre le spectateur. William Wyler choisit au contraire de les investir à fond. Et de laisser la présence de Gregory Peck infuser, et changer le sens de ce que l'on voit. Ce qui produit l'effet intéressant d'être absolument sans surprise, et pourtant...
Ainsi, on comprend bien vite que la major n'est pas aussi irréprochable qu'il veut le paraître, que ses justifications ne servent qu'à assouvir sa haine. Alors forcément, par un effet de bascule, la sympathie se reporte sur l'autre patriarche, Rufus Hannassey.
Qui s'avèrera vite tout aussi filou et d'ailleurs, effectivement peu sympathique.
C'est une belle réussite de ce film : offrir un portrait nuancé des personnages, qui affichent le manichéisme habituel du western, alors qu'on en est loin.
Et puis, on sait que William Wyler connaît la valeur du silence. Dans Ben-Hur, les moments où les personnages ne parlent pas en disent souvent plus long que les dialogues, et cela donne de l'épaisseur aux personnages, quand ce qu'ils sont transparaît autant dans le jeu et la manière d'être que par les paroles.
On retrouve cela ici. Ce qui donne un western long, et lent, avec peu de scènes d'action. Mais cela achève de donner une épaisseur et une consistance aux personnages.
Même la musique se tait fréquemment, donnant à certaines scènes une sécheresse qui préfigure l'évolution du western.
Et ce n'est pas la moindre réussite de William Wyler, de donner une partition personnelle d'un genre très codifié, tout en semblant y souscrire sans réserve.
Cela fait de Les Grands espaces...
Un grand western.