Il n’est rien de plus ardu que d’adapter au cinéma une grande œuvre littéraire. Car le risque est partout : décevoir le lecteur, laisser froid le spectateur et, accessoirement, provoquer quelques sueurs froides chez les ayants droit.
Imaginez alors que vous décidiez de vous attaquer à un chef-d’œuvre signé par l’un des plus illustres de nos compatriotes. Nom : Hugo. Prénom : Victor. Et celui-ci n’est pas nettoyeur ! (Dieu bénisse ceux qui ont la réf. Les autres, poursuivez votre chemin sur SensCritique : vous finirez peut-être par la découvrir.)
La pression est donc immense. D’autant que l’œuvre n’en est évidemment pas à sa première adaptation. Et lorsque d’autres avant vous ont eu Gabin ou Depardieu pour porter les personnages de Victor Hugo, la comparaison devient cruelle. Mais n’est pas Gabin ou Depardieu qui veut.
Ce film en apporte malheureusement une nouvelle démonstration. Les monstres sacrés semblent avoir déserté le cinéma français. Nous nous en doutions déjà après l’horrible Monte-Cristo porté par Pierre Niney ; cette nouvelle adaptation achève presque de nous en convaincre. Ainsi va le cinéma français.
Plus largement, quelque chose m’agace dans cette volonté permanente de dépoussiérer nos classiques pour les rendre accessibles au plus grand nombre. Adapter, bien sûr, suppose de couper, de déplacer, parfois même de réinventer. Mais moderniser ne devrait pas signifier effacer l’époque. Or c’est précisément ce qui se produit ici.
Et c’est là que commence véritablement ma colère : entendre Camille Cottin s’exprimer comme si son personnage venait de quitter une terrasse parisienne en 2026. Le vocabulaire, les intonations, la manière même de délivrer certaines répliques paraissent parfois totalement étrangers au monde que le film prétend faire revivre.
Ajoutez à cela un jeu que je trouve particulièrement peu convaincant, et l’illusion disparaît définitivement.
À force de vouloir rendre Hugo contemporain, on finit surtout par ne plus entendre Hugo.
Et pourtant, la note ne sera pas si mauvaise. Tout n’est pas à jeter, loin de là. Un peu d’humanité ne fait pas de mal, même lorsqu’on vient de malmener VH pendant trois heures.