Fred Cavayé a réussi quelque chose d'assez culotté : faire de Javert le personnage le plus humain des Misérables.
Il prend pour cela de vraies libertés avec Victor Hugo. Mais les raconter serait justement gâcher l'une des grandes réussites du film. Disons simplement qu'il donne à Javert une profondeur intime qui éclaire autrement son obsession pour l'ordre, la faute et la possibilité de changer.
Et Tahar Rahim est bouleversant.
C'est peut-être là que Cavayé réussit son plus beau tour : prendre ses libertés avec Hugo pour mieux retrouver son humanité.
Parce qu'au fond, son film pose une question très simple : sommes-nous condamnés à rester ce que la vie a fait de nous ?
Et il applique cette question à tout le monde.
Y compris aux femmes.
Cavayé ose même quelque chose devenu presque provocateur : leur rendre leur pleine humanité, y compris le droit d'être détestables.
Elles peuvent être victimes, salaudes, faibles, courageuses, manipulatrices ou généreuses sans que leur sexe les condamne ni les excuse. Madame Thénardier en est une formidable démonstration. Camille Cottin est redoutable, Benjamin Lavernhe absolument savoureux, et leur couple réserve une lecture particulièrement réjouissante des Thénardier.
Mais ce sont aussi les femmes qui offrent certains des moments les plus tendres du film. Une toute petite scène entre deux jeunes filles m'a d'ailleurs tiré mes premières larmes.
Les secondes seront pour Javert.
Voilà pourquoi ce Les Misérables m'a autant touché. Cavayé ne cherche pas simplement à désigner les victimes et les coupables. Il regarde ce que chacun fait de ce que la vie lui a donné.
Presque trois heures, quasiment aucune fausse note et jamais l'ennui. Fred Cavayé réalise un monument.
J'aurais volontiers mis 9.
Mais lorsque j'ai vu Vincent Lindon au générique, je me suis dit : « Aïe, aïe, aïe... pourvu que Jean Valjean ne devienne pas du Vincent Lindon. »
Il le devient parfois.
Lindon joue trop le héros là où j'aurais aimé davantage d'humilité et d'empathie. Son regard accuse là où Valjean devrait peut-être davantage comprendre. Je vois parfois encore Vincent Lindon quand Tahar Rahim, Camille Cottin et Benjamin Lavernhe, eux, disparaissent derrière leurs personnages.
Alors ce sera un gros 8/10 ❤️.
Cavayé n'a peut-être pas réalisé les Misérables les plus fidèles à la lettre de Victor Hugo.
Il en a compris quelque chose de beaucoup plus important : personne ne devrait être condamné à rester celui qu'il était.