Après des débuts laborieux avec divers producteurs avec lesquels il aura des déconvenues, Josef Von Sternberg atterrit à la Paramount où il fera profil bas en acceptant de redevenir assistant réalisateur sur "Les enfants du divorce" de Frank Lloyd. Ce n'est qu'après celui-ci que le studio, impressionné, lui confia un scénario d'un ancien journaliste nommé Ben Hecht. Et le monde du cinéma ne sera plus jamais pareil...
Aujourd'hui les historiens considèrent "Les nuits de Chicago" comme le film fondateur des films de gangsters. Il y a pourtant déjà eu quelques précédents comme "Régénération" de Raoul Walsh en 1915. Mais jusque là, il est vrai que le gangster n'était qu'un élément de scénario, bien utile pour incarner le vilain du film. Cette fois-ci Sternberg met l'univers du gangster au centre du film et tout le scénario gravitera autour de lui. On avait jamais osé cela à Hollywood, au point que la Paramount était persuadée que ce film n'intéresserait personne et ne le distribua que sur un écran à sa sortie. Ben Hecht demanda même que l'on retire son nom du générique.... Un an plus tard il reçut son premier Oscar pour le film...
Mais "Les nuits de Chicago" c'est surtout une mise en scène brillante où l'art du film muet atteint sa maturité. Sternberg est d'origine autrichienne, mais il vit depuis longtemps aux USA et n'a aucun lien avec le cinéma expressionniste allemand. Pourtant à voir le film, on ne peut nier l'influence de celui-ci sur la façon de cadrer et d'éclairer son film. Il montre aussi qu'il sait parfaitement diriger ses acteurs. Entre le bandit George Bancroft, totalement excentrique et son bras droit Clive Brook, tout en retenu qui bouge à peine un sourcil pour jouer et se faire comprendre.
Toutes les clefs des futurs chef d'oeuvres du genre parlant sont déjà dans ce film. Howard Hawks y fera référence dès 1931 dans son "Scarface" en détournant le slogan "The city is yours" que l'on voit dans ce film, en "The world is yours", que Brian de Palma reprendra lui aussi dans sa version de 1983, tout comme Romain Gavras en 2018 avec son écho français dans son titre "Le monde est à toi".