Le duo Bogart / Bacall sous l’œil de Delmer Daves, que demande le cinéphile ?
Un peu plus, malheureusement.
Incursion du côté du film noir pour un réalisateur bien plus à l’aise avec le western (dont les incontournables Flèche Brisée, 3h10 pour Yuma ou La Colline des Potences), Les passagers de la nuit joue dans sa première heure d’une expérimentation conceptuelle : une première demi-heure en caméra subjective, avant de passer à un point de vue externe qui occultera soigneusement le visage du personnage principal, avant que celui-ci ne recourt à la chirurgie esthétique pour -enfin ! - trouver les traits de Bogie au bout d’une heure. Evidemment, l’ironie qu’il y a à ainsi priver le public des raisons précises pour lesquelles il a fait le déplacement n’aura échappé à personne, et correspond bien à la pose habituelle de la star à qui on ne la fait pas. Public qui le lui rendit bien, d’ailleurs, puisque le film fut un échec… Mais le concept ne dépasse guère l’anecdotique, et agace plus qu’il n’intrigue dans l’ouverture où on ne semble voir que lui. Les effets sont assez dispensables et peuvent presque paraître des cache-misères face à une intrigue pour le moins convenue. Entre trahisons, coïncidences multiples (quelle chance, la femme qui me seconde a vu son père injustement accusé par la justice tout comme moi), personnages purement fonctionnels et chutes par la fenêtre, on navigue entre passages obligés et détours d’une intrigue peu passionnante.
Certes, il n’est jamais désagréable de voir interagir l’un des couples mythiques de l’âge d’or hollywoodien, et le charme de l’une comme de l’autre n’a pas besoin d’efforts trop poussés pour opérer. Mais c’est justement le sentiment d’une certaine nonchalance, voire d’une paresse qui prédomine, dans une intrigue un peu plombée par des longueurs et une mise en scène qui ne trouve pas son point d’équilibre. Situer le tout sur les hauteurs et dans les ruelles tortueuses de San Francisco a du bon et occasionnes quelques jolies prises de vue. Mais lorsqu’on connait le CV des deux pointures à l’écran, le film fait inévitablement pâle figure. Cette année-là, après avoir tourné dans Le Port de l’Angoisse et Le Grand Sommeil, il se marièrent. Ils avaient probablement mieux à faire que la comédie, et nul doute que les étincelles de leur couple se firent ailleurs que sur l’écran. Tant pis pour nous, tant mieux pour la légende.
(5.5/10)