On peut être fan "primaire" du couple Bogart-Bacall, trouver qu'il s'agit là de l'une des plus belles histoires d'amour d'un Hollywood plutôt réputé pour ses histoires de désamour, qui plus est entre deux acteurs dont le talent dépasse largement l'image iconique, et ne pas se pâmer systématiquement devant tout ce qu'ils ont fait ensemble. Au milieu de films notables ("Le Grand Sommeil" date de l'année précédente, "Key Largo" sera réalisé l'année suivante), voilà nos amants sublimes en pilotage automatique dans un film secondaire, qui n'a valu sa (petite) réputation qu'à sa première partie en caméra subjective : l'astuce, si l'on veut, du scénario, c'est que le personnage principal va changer de visage, et qu'il n'arborera le visage de Bogart qu'après une chirurgie esthétique ! Ce qui nous vaut ces 45 minutes vues "par les yeux" d'un personnage invisible : 45 minutes d'abord amusantes, presque "expérimentales", mais qui s'avèrent vite fastidieuses, avant une seconde partie assez anodine… Ceci dit, il est quand même impossible de ne pas prendre un certain plaisir aux "Passagers de la Nuit", qui reste un avatar honnête du "film noir", alors en plein essor.
[Critique écrite en 1980}