Les Patates offre un contrepoint campagnard à La Traversée de Paris, sorti en 1956 : soit les Ardennes à la place de Paris, des valises pleines de pommes de terre et non de jambon, la profession d’ouvrier en fonderie pour celle d’épicier. Malgré l’incessant cabotinage de Pierre Perret, jamais juste dans un rôle qui se teinte pourtant de gravité à mesure que s’enchaînent les événements, le film se distingue par la métaphore du potager qui réactualise le jardin de Candide : il s’agit bien de rassembler les protagonistes principaux, réunis dans une famille étendue, et d’exclure les autres, à savoir ici les habitants du village et des Allemands soucieux d’en tirer profit. La concrétude de la culture, en l’occurrence du potager, se matérialise d’ailleurs par la construction d’un enclos avec palissades en bois, territoire symbolique autour duquel défèque l’ennemi mais où jamais il ne pénètre – seuls les doryphores se repaissent des plans de patates, vite évincés d’ailleurs.
Derrière l’enrobage comique du long métrage, très faible, se cache le désir farouche de propriété privée au sein d’une époque définie par l’invasion et la privation. La « zone interdite » change aussitôt de sens à mesure qu’elle touche non plus le territoire ardennais mais la parcelle de terre cultivée, interdite non aux occupés mais aux occupants. La clausule orchestre un changement de mélodie des plus graves, frappe au cœur et suscite l’indignation. Une curiosité champêtre tout à la fois inaboutie et pertinente.