Sur un scénario a priori austère - la maire d'une ville du 93 arrivant au terme de son mandat et son "dircab" essaient de sauver l'une des "cités" locales -, un film intelligent, bien construit, qui tient en haleine. Les acteurs donnent de très belles prestations. Avec un brin de caricature, mais sans excès, les cercles du pouvoir sont bien décrits. Rien n'est manichéen, la morale du film étant tout en nuances (on a tôt fait, en somme, de s'arranger avec ses promesses, c'est-à-dire de les trahir). Pour 1h30, il y a peut-être un peu trop de matière, la cohérence des personnages en souffre parfois (le "dircab" aux dents longues, issu de la cité, fait un retour rapide à l'origine et cède vite sur ses ambitions ; la maire, une bourgeoise de gauche, oscille beaucoup entre le don de soi et le pouvoir, ce que le scénario tente d'expliquer, mais un peu rapidement, par le départ de son fils qui laisse un vide dans la grande maison). La fin "happy end" est un peu lourde ; un tantinet de bien-pensance ici ou là. Malgré ces quelques petits défauts, je salue la cohérence, l'ambition du propos. Kruithof montre avec brio qu'on peut faire des films "sociaux" sans matraquage moralisateur, sans misérabilisme, sans faire passer systématiquement les prolos pour des crétins ni les bourgeois pour des salauds (ou l'inverse si vous préférez). Cela fait du bien. C'est une veine prometteuse.