Deux ans après le réussi "History of Violence", David Cronenberg reste dans le domaine du thriller avec "Eastern Promises", une plongée sombre et violente au sein d'une famille mafieuse russe installée à Londres.
Tout commence avec la découverte du journal intime d'une jeune immigrée russe, qui décède en donnant naissance à une petite fille. Anna, la sage-femme anglo-russe qui trouve ce carnet, vient elle-même de subir une fausse couche, et s'attache plus que de raison à ce bébé sans identité.
Sa seule piste pour trouver des informations, c' est la carte d'un restaurant russe tenu par Semyon, un vieil homme d'apparence respectable, qui se propose de l'aider à traduire le journal de l'inconnue, et on comprend vite que ce n'est pas par pure bonté d'âme.
Par ailleurs, Anna fait la connaissance de Nikolai, le chauffeur du fils de Semyon, et une sombre attirance semble rapprocher ces deux êtres solitaires. Mais la présence constante de ce fils alcoolique et violent interdit toute tentative de rapprochement...
En s'attachant à décrire le parcours de ces quatre personnages, ainsi que quelques autres, et surtout l'évolution de leurs relations, Cronenberg signe un polar psychologique aux accents shakespeariens.
Sa mise en scène apparaît sobre et efficace, au service de son histoire.
L'interprétation s'avère donc primordiale, et constitue l'atout numéro 1 de "Eastern Promises".
Viggo Mortensen, acteur fétiche de Cronenberg ces derniers temps, campe un chauffeur russe loyal mais ambigu, tout en mystère et en force tranquille, à l'image de la séquence dantesque de combat au corps à corps dans les bains publics, où le comédien se bat nu comme un ver.
Naomi Watts est lumineuse en sage-femme douce mais déterminée, même si son personnage manque un peu d'épaisseur.
Armin Mueller-Stahl incarne un chef de clan russe paternaliste et inquiétant.
Quant à Vincent Cassel, il hérite de l'un de ses meilleurs rôles avec ce fils à papa haïssable, fragile et immature, qui trouve dans la violence une manière d'exister et la seule façon se faire respecter.
Cronenberg évite soigneusement tout manichéisme, et maintient l'ambigüité sur les motivations de certains personnages, grâce à un scénario simple mais intelligent, qui parvient à surprendre dans sa seconde partie.
A première vue, ce thriller psychologique plutôt froid s'inscrit assez difficilement au sein de la filmo du réalisateur canadien, mais le lien se situe probablement dans l'obsession pour le corps et sa dégradation, notamment celui maltraité et recouvert de tatouages de Viggo Mortensen, illustrant le parcours et le statut d'un mafieux au sein de l'organisation.