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Les branleurs
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le 12 juin 2015
J'ai mis beaucoup de temps à comprendre pourquoi j'aime autant ce film, pourquoi est-ce qu'il me fait vibrer.
Et après second visionnage la réponse est simple et va à l'encontre de la plupart des critiques que j'ai lu : Il est exceptionnellement beau parce qu'il n'y a rien à comprendre d'Antoine Doinel. Je dirai même que c'est parce que nous spectateurs, qui adorons décortiquer chaque fragment sans arrêt, avons plus intérêt à accepter de ne pas comprendre Antoine pour apprécier le film à sa juste valeur et non l'inverse.
Reprenons le début. Antoine est un gamin modeste des années 60 qui vit chez ses parents et va à l'école. À l'école ça ne se passe pas bien et mécaniquement à la maison aussi. Antoine est parfois mobile, parfois immobile… mobilisé pour travailler et être sage et immobilisé dès qu'il tente de vivre.
Fait important : l'entièreté du film nous offre absolument tout sur Antoine sans (quasiment) rien couper : sa vie, sa vie de classe, sa table à manger, ses corvées, ses promenades, ses bêtises, ses amis, sa mère, son père, son maître, l'agent, les inconnus qu'il croise, la bouteille de lait qu'il vole, la machine à écrire qu'il vole.
Autre fait important : On voit Antoine agir en réaction quasiment sans aucun véritable effet d'intériorité. Ni sa bouche ni son visage ne traduit ce qu'il ressent vraiment au fond de lui. Il commence à faire des conneries, subit les brimades de ses parents, vit en fuguant, voit une fenêtre de compréhension mutuelle avec sa mère après sa première fugue et copie Balzac… parce que ses mots résonnent dans son esprit - oui voilà le premier effet d'intériorité qui nous est donné, coupé dans son élan par son maître (qui connaît Balzac) et lui colle un zéro en conséquence.
Sûrement que quelque chose s'est brisé à ce moment là. Mais nous autres spectateurs, ne pouvons que spéculer sans en être sûr précisément parce que Antoine n'est pas transparent, il est opaque. Paradoxalement, c'est plutôt tous les adultes qui sont autour de lui qui sont transparents. Transparents dans leur hypocrisie, dans leur auto-conviction de bien agir.
La scène du début dans le manège est révélatrice : Antoine sèche les cours, dépense l'argent de la cantine dans une sorte de manège à effet de centrifuge où il voit les visages des adultes au dessus de lui pendant que son corps vibre un peu le temps d'un tour en manège.
Me vient la question : peut-on, nous spectateurs, tant blâmer les parents que ça ? J'en suis pas si sûr. Oui ce qu'il vit est terrible mais ses parents essaient de le gérer - mal et de manière intermittente - sa mère essaie même la carotte des 1000 francs en ouvrant une fausse fenêtre de proximité qui échouera.
J'insiste, Antoine a refusé le monde des adultes et nous a refusé aussi. Et il n'y a rien à comprendre, juste admirer les moments de vie quand il touche la liberté qu'il a voulu et conspuer les moments de non-vie quand le carcan des adultes s'abat violemment sur lui.
Le destin est effectivement tragique : seconde fugue, direction le centre, l'autorité, la totale. On lui enlève René et on lui impose encore plus d'immobilité. Sa mère revient une dernière fois écraser son ultime geste envers un adulte (son père) en revendiquant la peine de son père et en lui faisant une dernière fois la morale. C'était voulu, c'était logique, Antoine comme les adultes agissent de manière logique.
Sauf… si la psychologue du centre parvient à le comprendre ? Non et c'est génial : Truffaut gifle la psychanalyse et nous montre Antoine décrire avec une stricte logique ses choix de vie. Il répond aux question, nous offre une dernière fois tout sur la table - non pas que c'est trop tard, il n'a jamais été question qu'Antoine s'ouvre à nous. Antoine a tenté l'accommodation au carcan des adultes et ça a échoué.
Alors il reste qu'une seule chose. Une seule chose propre aux enfants : le rêve, voir la mer. Antoine court enfin sans trop se retourner. Antoine longe les enclos symbolique qu'ont tenté d'imposer les adultes, rejoint le sable et rencontre la mer. Il nous regarde enfin : Que se passera-t'il ?
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