La relecture des Trois Mousquetaires par Paul W. S. Anderson prend d’emblée ses distances avec toute tentation d’adaptation académique de l’œuvre d’Alexandre Dumas. Pourtant, sous ses atours de divertissement débridé, le film conserve quelque chose de l’élan romanesque et du panache originels.
Pensé comme un spectacle grand public, résolument tourné vers un public jeune, le long-métrage n’hésite pas à injecter dans son intrigue des éléments anachroniques et spectaculaires — des vaisseaux volants surgissent dans le ciel, tandis que Milady se livre à des combats chorégraphiés qui évoquent directement The Matrix. Ce mélange des genres, flirtant parfois avec l’absurde, participe pourtant d’un plaisir coupable assumé. Le scénario frôle souvent le grand n’importe quoi, mais il s’en dégage une énergie ludique, presque communicative.
Plus surprenant, et finalement assez pertinent, est le choix de représenter le roi et la reine comme un couple sincèrement amoureux, apportant une touche d’émotion inattendue à cet univers baroque. Quant à la présentation des mousquetaires, elle n’est pas sans rappeler une certaine stylisation à la Quentin Tarantino, notamment dans la manière d’introduire les personnages et de jouer avec leur iconographie.
Le film a également la bonne idée de conserver la jeunesse de d’Artagnan, fidèle à l’esprit du roman, ce qui renforce son côté initiatique. Mais comme souvent dans ce type de production, la réussite tient beaucoup à ses antagonistes. Et sur ce point, le casting est un véritable atout : Christoph Waltz, Orlando Bloom, Mads Mikkelsen et Milla Jovovich composent une galerie de méchants aussi charismatiques que réjouissants.
Visuellement, le film impressionne. La richesse des costumes et le soin apporté aux décors confèrent à l’ensemble une véritable élégance plastique. Cette coproduction européenne évoque d’ailleurs, par son ambition et son esthétique, le cinéma populaire des années 1960, lorsque l’Europe rivalisait d’inventivité pour séduire un large public international.
Reste que le film n’a pas rencontré le succès escompté. Sa conclusion ouverte, annonçant une suite qui ne verra jamais le jour, laisse un goût d’inachevé. Dommage, car malgré ses excès et ses incohérences, cette version des Trois Mousquetaires offre, le temps de deux heures, un spectacle généreux et indéniablement jubilatoire.