Par la Sainte Relique du Pécadou ! Chronique d’un chef-d’œuvre à se pourfendre la panse

Fichtre-diantre, sacrebleu de bougre de foutre ! Voici donc qu’en l’an de disgrâce 1993, le sieur Jean-Marie Poiré, mage ès rigolade, nous pondit Les Visiteurs, farce épique, bouffonnerie trans-temporelle, pépite d’absurdité bénie des dieux de la bonne poilade. Oyez, oyez, bonnes gens : jamais chevalier n’eut plus noble destinée que le comte Godefroy de Montmirail, hardi destrier à deux pattes campé par le Jean Reno, lequel, tout droit sorti du XIIe siècle, se voit teleporté en l’an deux mille par un sortilège de vieil enchanteur bigleux. Et c’est là, dans ce choc des siècles, que le miracle opère, tel un cataplasme de thym sur une plaie purulente.


Car enfin, quel enchantement que ce film où l’on passe des oubliettes aux motels Ibis, des croisés à la climatisation, du gnôle à la Kronenbourg ! Le tout dans un tempo effréné, où la mise en scène cavale comme un destrier sous amphétamines. Le dialogue ? Ah ! Le dialogue, mes bons amis ! Une liqueur ancienne à base de vieux françois, de jurons moyenâgeux, de déclamations épiques et de “C’est OK Jacquouille” hurlés à la face du bon goût ! Jamais tant de conneries n’avaient été dites avec tant d’esprit.


Et ce Jacquouille-la-Fripouille ! Gueux du diable, benêt de génie, fouineur médiéval percutant le XXe siècle comme un sabot dans une portière de Renault 21. Christian Clavier, par Sainte Gudule, y livre une performance d’orfèvre à l’huile de vidange. Il bave, il beugle, il confond le champagne avec la potion magique, il terrorise les bourgeois et se gave de produits Picard comme s’il goûtait au banquet de Saint-Martin. On l'aime, ce coquinou. On voudrait l'adopter, lui faire sentir les W.-C. automatiques, lui offrir une carte Navigo.


Ce chef-d’œuvre farci de sortilèges, de beignes, de moulins et de bouses, c’est aussi un joyau d’écriture : le scénario saute comme un lapin en goguette, rebondissant d’un gag à l’autre sans jamais lasser. Les anachronismes sont autant de trésors : Jacquouille découvre l’électricité, le savon, les lumières, la démocratie et le dentifrice – et n'en sort pas grandi, mais nous, si. Et Dame Béatrice de Montmirail, alias Valérie Lemercier, mi-castel, mi-Renault Espace, campe une noble et sa descendante avec un panache de coq en rut. C’est à se taper les miches contre les vitraux !


Les Visiteurs, c’est la France, la vraie, celle qui pue un peu mais qui rit fort, qui mélange Voltaire et la cloche à fromage, le cataplasme et le klaxon. C’est du patrimoine classé, une œuvre sainte à diffuser chaque printemps entre les cloches de Pâques et la fête des voisins. Que nul n’en doute : ce film, c’est notre Iliade, notre Odyssée, notre Guide du Routard du Temps. Et si l’on ne rit pas devant, que le diable nous trousse, que les dragons nous engloutissent, et que Jacquouille nous pète à la face.


Aaaah nom de Dieu ! C’est de la bonne, c’est de la jouvencelle, c’est du nectar. On n’a jamais mieux voyagé dans le temps avec autant de fous rires. Alors, haut les cœurs, et qu’on le rembobine, ce Visiteurs, encore et encore, jusqu’à ce que les gueux reprennent le pouvoir.

Créée

le 1 juil. 2025

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Kelemvor

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